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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 08:00

Les révolutionnaires de 1789 dénonçaient sans relâche le complot de la contre-révolution. Aujourd'hui, Manuel Valls, digne héritier de Robespierre, dénonce les "complotistes", y compris ceux-là mêmes qui doutent de l'efficacité politique de son gouvernement en posant de simples questions.

Manuel Valls juge "complotiste" le doute quant à son action politique

Manuel Valls, invité de Bfmtv Rmc ce matin (video), répondait aux questions d'Appoline de Malherbe qui l'a interrogé sur le doute des Français à l'égard des politiques menées par le gouvernement suite à l'attentat de Nice et le doute quant à l'efficacité politique. (1) Outre une auto-satisfaction permanente, le refus de toute auto-critique, la réponse du Premier ministre, une réponse remplie de formules toutes faites comme d'habitude, renvoie toutes les personnes qui doutent dans le camp des méchants "complotistes" contre le gouvernement et la "république". Or, quoiqu'en dise Manuel Valls, cette réponse est indigne d'une "démocratie". Voici pourquoi.

 

"Vous êtes le Premier ministre d'un pays qui doute. Il y a eu l'horreur, et maintenant il y a le doute. Il y a le doute sur vous, il y a le doute sur le gouvernement, il y a le doute sur le ministre de l'Intérieur, le doute sur l'efficacité du pays. On va tenter d'y voir plus clair. Une policière municipale de Nice raconte avoir été soumise à la pression du ministère de l'Intérieur pour influencer son rapport sur la présence de policiers nationaux le soir du 14 juillet. Le ministre de l'Intérieur dit qu'aucune personne de son cabinet n'a été en contact avec la policière de Nice et il porte plainte contre elle pour diffamation. Qui ment ?", demande Appoline de Malherbe.

 

"Il faut que tout cela cesse. Le doute n'est pas possible face au terrorisme. Que cherche le terrorisme ? Non seulement à tuer. 84 morts. Il y a encore aujourd'hui des personnes qui luttent pour la vie, qui ont été blessées très gravement; je pense aussi à toutes ces victimes qui seront blessées, handicapées à vie. Mais le terrorisme cherche aussi à nous diviser, à fracturer la société française, à faire en sorte que l'on remette en cause, au fond, les principes de la démocratie", déclare le Premier ministre

 

"Vous ne pouvez pas simplement dire cela Manuel Valls. Quelqu'un ment."

 

"Il faut évidemment la vérité. Et qui demande la vérité ? D'abord les victimes, les familles, les proches. Et pourt cela il faut laisser la justice aller jusqu'au bout, il faut que la justice puisse travailler dans la sérénité, et qu'on laisse travailler les juges qui ont été nommés pour permettre d'établir toute la vérité sur ce qui s'est passé."

 

"Manuel Valls, je me permets de vous reposer la question. Il y a deux versions différentes. Quelqu'un ment, qui?", demande (pour la troisième fois)  la journaliste.

 

"Là aussi, respectons les procédures, l'inspection générale de la Police nationale à la demande de Bernard Cazeneuve, qui est un homme intègre, qui est un homme d'état, qui est un ministre de l'Intérieur formidable, qui..

 

"Vous n'avez aucun doute là-dessus ?", interrompt Appoline de Malherbe.

 

"Moi, je n'ai aucun doute sur Bernard Cazeneuve."

 

"A aucun moment vous ne vous êtes dit peut-être quelque chose n'a pas marché, et pourquoi ce ne serait pas Bernard Cazeneuve lui-même ?"

 

"Mais pourquoi faudrait-il mentir ?, répond Manuel Valls. C'est cette idée du complot, du mensonge, de la remise en cause du préfet, de ce que les policiers, le Ministre de l'Intérieur, le Procureur, qui travaillent de manière totalement indépendante puisqu'il y a une séparation des pouvoirs dans notre pays. C'est cette idée au fond que l'Etat ment, a quelque chose à cacher, alimente le doute, fracture l'état de droit, met en doute la république."

 

Un peu plus loin dans l'entretien, Appoline de Malherbe demande à Manuel Valls :

 

"Manuel Valls, vous comprenez, depuis le début (à chaque attentat, NDLR.) vous dites il y a eu des victimes, on a besoin d'unité. En gros, taisez-vous tous !? ... A chaque fois qu'on dit quelque chose c'est rendez-vous compte il y a 84 victimes, etc. !?"

 

"Appoline de Malherbe, ne mélangez pas tout et ne mettez pas au même niveau", répond Manuel Valls. "Cela, moi je ne le supporte plus. Un ministre de l'Intérieur, une policière municipale."

 

"Quoi, la policière municipale n'a pas le droit d'avoir des doutes sur le ministère de l'Intérieur?"

 

"Dans ce pays, tout le monde a le droit de parler, le droit de s'exprimer, mais en respectant la vérité, en respectant les faits. Il y a eu un débat au parlement. Oui ou non Appoline de Malherbe ?"

 

"Oui", répond, la journaliste. On se rend compte ici du degré d'autoritarisme de ce Premier ministre qui, invité à répondre à des questions sur Bfmtv Rmc, inverse les rôles et devient celui qui pose les questions à la place du journaliste.

 

"J'ai présente moi-même comme Premier ministre la prolongation de l'état d'urgence", poursuit Manuel Valls. (On ne voit pas le rapport avec l'appel systématique à l'unité politique après chaque attentat pour mieux se soustraire à sa propre responsabilité politique. NDLR)...

 

"Il y a eu un débat. Dans ce débat, une partie de la droite a mis en cause la Constitution, les principes, les valeurs, l'état de droit, la démocratie nécessaire pour combattre le terrorisme, c'est exactement ce que cherche le terrorisme. C'est-à-dire à nous diviser, à remettre en cause les démocraties, qui évidemment sont toujours fragiles dans ces moments-là."

 

"Mais cela sonne creux aujourd'hui ce discours Manuel Valls", dit la journaliste.

 

"Mais c'est parce que vous l'entendez ainsi. Et pour moi cela ne sonne pas creux l'unité nationale Appoline de Malherbe. Cela ne sonnera jamais creux, ni la Constitution, ni l'état de droit, ni la république. ... Toutes les questions ont le droit d'être posées. ... mais en mettant en cause ceux qui travaillent et représentent l'Etat, on met en cause l'état de droit et on s'attaque à la république elle-même. Et cela est dangereux. Ce type de propos met en cause les fondements même de l'Etat. Si une enquête de l'Inspection générale de la police nationale est en cours, si le travail de la justice et du Procureur de la république... si on met en cause ce travail. Parce que par exemple le procureur de la république aurait demandé la destruction de ces videos, comme cela se fait à chaque fois.."

 

"Mais pourquoi ?",demande Appoline de Malherbe.

 

"Mais, vous-même Appoline de Malherbe, en posant cette question, vous instruisez, vous introduisez le doute", répond Manuel Valls.

 

"Non, je trouve que la question peut se poser Manuel Valls".

 

L'entretien se déroule jusqu'à la fin de l'entretien, sans qu'à aucun moment le chef du gouvernement ne remette en question sa politique d'ouverture des frontières et d'immigration, et de sécurité.

 

Appoline de Malherbe demande enfin à Manuel Valls s'il lui arrivait lui-même de douter... La réponse du Premier ministre, positive, montre, en sens contraire, que Manuel Valls ferait partie des "complotistes", si l'on suit son raisonnement ! puisqu'il doute de lui-même et serait divisé contre lui-même ! Bravo donc à la journaliste de montrer ainsi le vrai visage de Manuel Manuel Valls, l'homme bipolaire, l'homme aux deux visages, l'autosatisfaction d'un gouvernement qui refuse le doute, l'autocritique, et rejette en bloc comme anti-démocratique et "complotiste" ceux qui doutent de son action.

 

"Manuel Valls, c'est la fin de cette interview. Je vous ai parlé des doutes des Français, est-ce que vous, vous avez des doutes sur votre efficacité ?", demande Appoline de Malherbe.

 

"Mais, moi, je doute, vous savez, je doute toujours", répond un Manuel Valls hésitant.

 

"Y compris de vous-même ?"

 

"Non, vous savez quand vous avez 84 morts, des enfants, des familles brisés, je l'ai dit à l'Assemblée nationale, à Bernard Cazeneuve, on se demande est-ce que on a tout fait, est-ce que tous les dispositifs ont été pris. Mais je sais quelque chose, c'est que je ne peux pas avoir de doute là où je suis", répond le Premier ministre.

 

Pauvre Valls, qu'Appoline de Malherbe a laissé parler jusqu'à la fin pour montrer par sa propre démonstration qu'il se contredit, qu'il est un sophiste dont l'argumentation s'annule et n'est pas valide. On ne peut tenir pour vrai "a" et "non a". (Cf. Dialogue de Socrate contre Calliclès)

 

Pour aller plus loin dans cet article, essayons de montrer pourquoi le fait pour le peuple de douter de son gouvernement ne suffit pas à en faire un peuple "complotiste" comme l'affirme Manuel Valls.

 

"Ce qu'il faudrait à ce pays, c'est un roi" (Charles de Gaulle). Ils nous ont volé notre Souveraineté, reprenons-la !Contrairement à ce qu'affirme Manuel Valls, le doute du peuple quant à l'efficacité politique des gouvernements de la république fait au contraire partie des armes d'une démocratie contre toute dérive totalitaire des gouvernants. Quand le peuple demande la démission de Hollande, Valls ou Cazeneuve, il use d'un droit. La démission est un principe républicain que l'on a pu voir sous le président Charles de Gaulle, qui démissionna une première fois en 1947 du "Gouvernement provisoire de la République française" et une deuxième fois, président de la république en 1969, le lendemain d'un referendum négatif à 52,41% sur la régionalisation et la réforme du sénat. C'est que dans l'esprit du général de Gaulle, qui avait une prédilection pour le royalisme, la souveraineté populaire et la souveraineté royale (ou présidentielle) vont ensemble et ne peuvent être découplées. Au Moyen Âge, "le roi fait partie du peuple comme la tête fait partie du corps". "Inventés par le roi, (les Etats généraux) ... ont conservé le principe familier à la théologie médiévale, que le peuple est, comme le déclare Philippe Pot aux Etats de 1484 'donateur de la chose publique', et que l'origine de la monarchie est élective. Cette idée simple était pour ainsi dire inséparable de l'institution elle-même", écrit l'historienne Régine Pernoud (Histoire du Peuple français, De Jeanne d'Arc  Louis XIV, Nouvelle Librairie de France, Troyes 1960, tome second, p. 14, 95, 97)

 

Dans l'esprit d'un Manuel Valls, on le voit, la souveraineté populaire est déconnectée de la souveraineté du Premier ministre qui, en quelque sorte prime la volonté du peuple, et est soustraite à toute demande de démission. Les seuls moments où sous l'Ancien Régime, l'Etat refusa toute démission ou révocation d'un Principal ministre ce fut sous un Louis XIV qui exerça seul le pouvoir, sans Premier ministre. La république absolue n'a jamais aussi bien portée son nom, un Louis XIV en moins !

 

Lorsque le peuple appelle à la démission, ce n'est pas un crime "complotiste", c'est un principe de responsabilité politique. Lorsque l'élu n'a plus la confiance de l'électeur, il s'en va en démissionnant. La démocratie, en effet, ne se définit pas seulement par le droit d'élire, elle réside aussi dans ce qu'on nommait au XVIIIe siècle la "censure",... c'est-à-dire le pouvoir de révoquer ou, au contraire, de renouveler la confiance précédemment accordée.

 

En Grande-Bretagne, au lendemain du Brexit, le Premier ministre David Cameron a annoncé sa démission. En Belgique après les attentats de Bruxelles, les ministres de l'Intérieur et de la justice ont présenté leur démission au chef du gouvernement qui l'avait refusée. Dans n'importe quel pays en Europe où il y aurait eu 250 morts en un an et demi , le gouvernement aurait démissionné.

 

Or que constate-t-on en France ? Si un peuple est libre lorsqu'il dispose des moyens qui lui permettront de sanctionner l'usage fait par les gouvernants des pouvoirs qu'il leur avait confiés (2), avec le gouvernement Valls, et durant l'exercice de son mandat, aucune sanction n'est permise, aucune remise en question, aucun doute n'est possible. Aucune autocritique ne vient du gouvernement hors de toute sanction. Le doute ne doit pas même effleurer le peuple ! A moins que celui-ci soit rejeté dans le camp des "complotistes", ennemis de la "république" ! Quelle impudence et quelle honte. Cette attitude d'un gouvernement coupé du peuple est indigne, c'est une insulte pour la mémoire des victimes des attentats.

 

Lire aussi : "Libération" accusé de "complotisme" par Bernard Cazeneuve

 

Rappelons ici que les lois de  novembre 1791 contre les émigrés et les réfractaires, qui à cette époque marquent l'entrée de la Terreur dans la législation révolutionnaire, "ne répriment pas un complot préexistant; elles transforment en complot des comportements, des actes - l'émigration, le refus de prêter serment à la Constitution civile du clergé - qui, certes, expriment une opposition à la Révolution, mais qui n'impliquent nullement l'existence d'un complot." (3)

Quand on connaît le nombre de morts dû à la rhétorique du complot obsessionnel, ce vocabulaire de Manuel Valls emprunté aux révolutionnaires de 1789 est inquiétant.

Notes

 

(1) RMC : 25/07 - Bourdin Direct - 8h-9h date Lundi 25 Juil 2016 09:21:30

(2) Lire Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 210.

(3) Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, ibid., p. 158.

 

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