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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 12:01
Déchéance de la nationalité : Christiane Taubira, le bug républicain existentiel, l'inégalité qu'ils ne vous diront pas et le coup d'Etat tourné contre tous les "citoyens" transformés en supects par nature

L'ancien ministre de la Justice que la classe médiatico-politique nous fait passer pour une conscience morale du système, a joué son rôle de destruction de la famille par égalitarisme (loi Taubira sur le pseudo "mariage" des duos homosexuels). Elle quitte à présent le gouvernement en "conscience morale" du Régime en dénonçant dans un livre en librairie demain, et que Le Figaro a pu lire, l'"égalitarisme" dans le projet de "déchéance de la nationalité", sanction que défend l'exécutif depuis les attentats du 13 novembre et qu'il veut inscrire dans la Constitution. Si on étend la déchéance aux mono-nationaux par "égalitarisme", ce serait un nivellement par le bas : le "pire", explique-t-elle. [1]

 

"Quant à rompre l'inégalité et étendre la déchéance aux non-binationaux, écrit Christiane Taubia, l'effet en serait plus directement de fabriquer des apatrides.

Et il y aurait là l'illustration de la différence entre l'égalitarisme et l'égalité.

Là où l'égalité élève en élargissant à tous des droits et des libertés réservés à certains, l'égalitarisme nivelle, par le bas et par le pire"."

 

Après une longue introduction consacrée au "péril terroriste" et aux "lointains zombies maléfiques" dans laquelle l'ancien ministre convoque Descartes, Montaigne, La Boétie ou encore Simone Weil, elle dénonce l'inefficacité de la sanction, mais surtout les dangers liés au symbole.

 

"Puisque pour les déchoir sans en faire des apatrides il faut qu'ils soient binationaux, cette déchéance contiendrait une inégalité, les mêmes actes perpétrés par des Français n'ayant pas une nationalité de substitution ne produisant pas les mêmes effets", écrit-elle.

 

Cette inégalité est à l'origine du bug républicain existentiel sur cette question. L'"égalité" en prend un coup en étant contredite par la réalité qui vient rappeler qu'il y a des nationaux qui ne partagent pas le même "pacte social" que d'autres et sont prêts à supprimer d'autres "nationaux" pour défendre leurs idées (en cela les djihadistes ne sont guère éloignés des "Grands ancêtres" de la république... pour lesquels, aussi, "la fin" justifiait les moyens...). [2]

 

Il y a des réalités, des différences culturelles et religieuses qui sont plus fortes que les dogmes républicains jacobins.

 

Si la critique de Christiane Taubira dans son livre est fondée et permet de rejeter la "déchéance de nationalité" au motif que des mono-nationaux faits apatrides au nom de l'"égalitarisme" serait ce qu'il y a de "pire" (peut-être pour d'autres raisons que Christiane Taubira n'évoque pas), l'ancien ministre qui comprend ici l'aporie dans laquelle se trouve les républicains du fait même de l'"égalité"- ce qu'il ne dit d'ailleurs pas -, ne propose pas de mesure alternative et se contente d'appeler la "gauche" à "renouer avec son identité historique et combative..." Bref, on a échoué mais on continue et on ne change rien ! Où est le changement promis par François Hollande en 2012 ?

 

Rappelons ici que c'est la "gauche" toute seule et comme une grande qui a créé son bug existentiel et métaphysique. Un bug qui ne sera corrigé que lorsque la "gauche" et derrière elle la soit-disant "droite" à la remorque (qui défend elle aussi la déchéance de la nationalité) en sortiront par la petite porte de l'histoire.

 

L'inégalité foncière que ces donneurs de leçon morale ne vous diront pas est celle qui se trouve entre les mono-nationaux, nous autres Français de naissance et d'héritage, qui n'avons pas de seconde nationalité et sommes donc totalement lésés par rapport aux "bi-nationaux" qui eux peuvent être déchus de la "nationalité" "française" sans être faits apatrides puisqu'ils pourront retrouver leur nationalité d'origine. Cette inégalité-là n'est jamais présentée, ni relevée par personne, ni à "droite" ni à "gauche". Et s'il devait y avoir une déchéance de nationalité, celle-ci ne devrait concerner évidemment que les bi-nationaux, du fait de l'inégalité de départ dont nous venons de parler.

 

Il y a tout un arsenal pénal pour sanctionner les auteurs d'actes terroristes. Un arsenal qui n'est pas appliqué et qu'il suffirait d'appliquer. Pourquoi donc changer la constitution pour y inscrire un pseudo droit de l'Etat à déchoir ses citoyens de leur nationalité ?

 

Le "tout répressif", le "tout sécuritaire" d'un Manuel Valls sera lui-même d'une totale inefficacité. Comme le dit Emmanuel Macron, "la sécurité n'est pas un projet politique."

 

En réalité, que l'on soit mono ou bi national, il faut être par principe contre la "déchéance de nationalité", du fait qu'une nationalité ne se cède pas, ne se divise pas et ne se perd pas. Ces sous-catégories qui divisent les personnes, ne sont en réalité faites que pour "diviser pour mieux régner" et en profiter pour faire de la basse politique contre les citoyens. La dérive absolutiste de la dite "république" française ne doit pas tout permettre à ce Régime aux abois qui se permet de se contredire lui-même, et contredire sa propre constitution. Socle commun, rappelons-le, auquel il ne devrait pas être touché. Mais le Régime y touche quand même, à intervalles réguliers (depuis 1789, nous avons eu quinze constitutions successives alors que jusque-là nous n'en avions qu'une seule depuis 2000 ans), car le Régime n'est pas assis sur une légitimité politique solide (la "Volonté générale" qui peut tout changer...).

 

L'inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution est un un coup d'Etat qui est tourné contre tous les "citoyens" de ce pays et qui doit être analysé comme tel. Les citoyens sont transformés en suspects par nature, le régime bascule un peu plus dans le totalitarisme, si tant est qu'il pouvait le faire.

 

Lire: La Ve république se terminera-t-elle par un coup d'Etat ?

 

Notes

 

[1] Déchéance de nationalité : ce qu'il y a dans le livre de Christiane Taubira, Le Figaro, Par Mathilde Siraud Mis à jour le 01/02/2016 à 11:21 Publié le 01/02/2016 à 10:41

[2] "Qui veut la fin, veut les moyens" (Brissot de Warville, Le Patriote français, n° 201, 25 février 1790, p. 5-8, cité in P. Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 89).

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