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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 09:40

Invité de RMC ce matin, le cardinal archevêque de Paris, Mgr. André Vingt-Trois a épinglé le paradoxe et l'erreur fondamentale de notre régime politique actuel.

Mgr Vingt-Trois : "Ces murs viennent de ce que la législation (et la conception de la société), c'est la conception d'un consortium qui est fait pour satisfaire les désirs de chacun"

Mgr. André Vingt-Trois a expliqué que les politiciens peuvent bien à la suite d'évènements graves (types guerres, attentats terroriste) parler de "rassemblement" et dire que "le grand danger c'est les murs qui s'établissent entre les gens" (allusion au discours de François Hollande hier à l'Elysée), cela ne sert à rien si (dans le même temps) "la législation et la conception de la société" est fondée sur "un régime paradoxal" qui établit la "suprématie des désirs individuels" et organise un "consortium qui est fait pour satisfaire les désirs de chacun !"

 

A la question de la journaliste Appoline de Malherbe, « radicalisation et division de la société. Hier c'était le président de la république lui-meme qui faisait un constat de division de la société en quelque sorte, puisqu'il disait depuis l'Elysée, je le cite : "Ce qui menace notre société, ce sont les murs, les murs entre les individus, les murs entre les territoires, les murs entre les catégories sociales, entre les croyances, entre les convictions." [1] Comment fait-on pour les abattre ? », Mgr. André Vingt-Trois a ainsi répondu :

 

« C'est très difficile parce qu'on est dans une société qui vit sur un régime paradoxal, c'est-à-dire qu'elle aspire – et on l'a vu depuis les attentats et les propos du président de la république (hier à l'Elysée, lors d'une remise de prix récompensant des projets d'innovation sociale. NdCR.) exprime cette aspiration – à une plus grande cohésion, à un sentiment de communauté..., et en même temps elle est régie par la suprématie des désirs individuels.

Et donc, le président de la république peut dire que le grand danger c'est les murs qui s'établissent entre les gens, mais ces murs viennent aussi de ce que la législation (et la conception de la société), c'est la conception d'un consortium qui est fait pour satisfaire les désirs de chacun.

Le désir de chacun est devenu le principe et la règle du comportement. Et donc, dans ce système, il n'y a pas de Bien commun perceptible. Cela veut dire que si l'on veut faire exister une véritable cohésion nationale, cela suppose qu'il y ait des expériences de communautés locales particulières qui permettent à chacun d'accepter de renoncer à un certain nombre de choses qui lui plaisent pour que les autres puissent vivre. » [2]

 

En disant cela, Mgr. André Vingt-Trois soulève le problème de la république absolue qui, fondée sur l'individualisme depuis son origine est incapable réellement de rassembler les citoyens en dehors de guerres (1792-1793, 1914) ou de troubles graves (attentats de Paris) qui ont un effet légitimiste tendant à ressouder les Français derrière leur chef d'Etat et institutions.

 

Or, en dehors de ces circonstances exceptionnelles, le vote individualiste par tête en 1791 (nombre) à la place du vote par corps (poids), ne peut pas "rassembler" du fait de principes clivants et diviseurs (individualisme).

 

Ainsi, la victoire de François Hollande le 6 mai 2012 dans les urnes s'analyse comme une victoire de l'individualisme. Ce "régime paradoxal" que dénonce le cardinal archevêque, avec pour la république, une incapacité chronique à rassembler est la "république absolue" ou la division haineuse des citoyens en classes, catégories et groupements d'hommes. Une république individualisante et non rassembleuse.

 

On a pu avoir une manifestation emblématique de cette division dans l'expression de la "race blanche" d'un président de l'Assemblée nationale PS, Claude Bartolone en fin de campagne électorale des Régionales 2015. Par ce moyen, les socialistes instrumentalisaient le vote communautariste, ethnique et racial en Île-de-France, sans s'excuser pour autant dans les media, et sans que ces media ne leur demande la moindre excuse.

Cette posture d'opposition contre un groupe d'hommes n'a pas réussi à Claude Bartolone. Valérie Pécresse, davantage dans une dynamique positive de rassemblement et non dans l'opposition des communautés, a finalement remporté l'élection, avec un report de voix FN sur sa candidature au deuxième tour.

Si bien qu'en dehors de l'analyse de l'individualisme et des institutions politiques, on peut dire que les autentiques rassembleurs, ceux qui du moins tentent de travailler pour le Bien commun tout en étant minés par ce "régime paradoxal" dénoncé par Mgr. Vingt-Trois, se trouvent à "droite" et non à "gauche".

 

Ceci est d'ailleurs vrai depuis l'origine même de la république qui, dès 1791-1792, a vu une minorité de politiciens de "gauche" (à l'opposé donc de tout "rassemblement"), imposer leurs visions politiques par la force (guerre à l'extérieur qui justifie une guerre à l'intérieur...) et non par le consensus. Voyez : l'énorme mensonge de la guerre, à l'égard de l'étranger, qui a permis de justifier la Terreur à l'intérieur.

 

La "république" (révolutionnaire) est le règne de la violence, et non du "rassemblement", encore moins du consensus sur les formes politiques, essence même de la royauté traditionnelle française pendant mille ans.

 

La vraie république (chose de tous) est la royauté.

 

Lire : La Ve république se terminera-t-elle par un coup d'Etat ?

 

Notes

 

[1] Hollande appelle à "la fraternité" et à "l'optimisme" après l'année 2015, BFM-tV, 22/12/2015 à 14h31

[2] RMC Podcast

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