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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 06:58

Si la Révolution a fondé une nouvelle société, tout à fait différente de ce qu'était l'ancienne, néanmoins la Révolution s'est montré incapable de fonder un régime politique stable et durable. Depuis 1789, nous avons eu quinze constitutions successives. Et peut-être d'ailleurs aurons-nous bientôt une seizième avec une VIe République.

Patrice Gueniffey, Conférence du 3 octobre 2011

Peinture historique romantique d'Eugène Delacroix (1830). Commémore la Révolution libérale de Juillet (28 juillet 1830)

Peinture historique romantique d'Eugène Delacroix (1830). Commémore la Révolution libérale de Juillet (28 juillet 1830)

Peut-être aurons-nous une seizième constitution, et suite à l'état d'urgence, les attentats islamistes, les remous qu'ils ont provoqué, le "barrage" à un Front national trop haut, un nouveau coup d'Etat ? Pour éviter un coup d'Etat classique, dur et violent, le système est bien capable en effet de procéder à des changements institutionnels en douceur, car la menace n'est pas celle de l'Etat islamique ni celle du chômage, mais celle du Front national qu'il s'agit d'empêcher de remporter des élections via les institutions actuelles. Cela a été par exemple avant les Régionales 2015 la vraie raison de la fusion des 22 régions en 13.

 

Lire : "Dans une France à 22 régions, le FN aurait conquis le Languedoc-Roussillon"

 

Et c'est tout le sujet des discussions actuellement dans la classe politico-médiatique mondialiste : "comment faire de la politique autrement", comment constituer un "rassemblement" entre la "droite" et la "gauche" destiné à gouverner en faisant "rempart" au Front national ? Un "rassemblement" qui écarte 7 millions de Français.

 

Lire : Ce que l'histoire retiendra des Régionales 2015

 

Cette façon de faire reste tout de même très dangereuse pour la paix dans ce pays.

 

Hier, Jean-François Copé (Les Républicains) a proposé des "Etats généraux de la droite et du Centre, premier pas vers le sursaut français". Des Etats généraux" que l'auteur nous affirme "ouverts à tous les Français".

 

Première raison affichée : "Les résultats du premier tour des régionales ont fait l’effet d’un coup de tonnerre." Ca commence bien...

 

Puis arrive la vraie raison de ces "Etats généraux" : "la digue est près de céder. ... Bien sûr, les Français se sont mobilisés hier en nombre pour faire obstacle au Front National. Mais son score dans chacune des régions est demeuré stable et il a progressé en nombre de voix quasiment partout entre les deux tours."

 

La phrase "Les Français n’y croient plus et, avant tout, ne croient plus en la parole politique" n'arrive qu'après.

 

Et encore après : "Il faut dire la réalité que vivent des millions de Français : un chômage qui ne cesse d’augmenter, des impôts sans cesse plus élevés sans que le sort de chacun s’en trouve amélioré, un ascenseur social en panne, la peur du terrorisme, des quartiers dans lesquels les lois de la République sont bafouées…" Jean-François Copé conclut son baratin comme a pu le dire son collègue franc-maçon "Grand Orient de France" de la région Nord-Pas-de-Calais, Xavier Bertrand : "Ces élections régionales sont la dernière alerte."

 

Bref, on l'aura compris l'oligarchie s'active... Ce qu'elle n'a pas compris, c'est que les Français en ont assez des paroles, ils veulent des actes. Si donc des "Etats généraux" doivent être réellement convoqués, qu'on les convoque dans leur forme de 1789 (vote organique "par corps" et non plus individualiste "par tête", et vote avec mandats impératifs !) Chiche ?! Le vote "par tête" (1791) marque la naissance de l'oligarchie et inaugure le règne de l'argent. D'autre part, le vote "par tête" était inconnu des Français avant la Révolution de 1789 : il n'était connu que des Jacobins, c'est-à-dire une toute petite minorité. "En 1789, selon le mot de Camille Desmoulins, il n’y avait pas dix républicains avoués en France." (Jacques Bainville, Histoire de France)

 

Il faut évoquer ici le vice fondamental des institutions républicaines depuis 1792, qui est l'incapacité à fonder un régime politique stable sur la destruction de l'ancienne légitimité politique, ainsi que le problème récurrent d'une représentation faussée des Français, une démocratie détournée. Et des "Etats généraux" organisés dans le cadre de ce système-là ne changeront rien à ce vice fondamental et ne règleront pas les problèmes des Français.

 

On entend régulièrement la critique selon laquelle la démocratie est contournée, une illusion. Ceci engendre parmi le peuple une abstention massive, c'est une réalité, ainsi qu'une défiance de la "représentation" nationale.

 

Il s'agirait donc de corriger le problème récurrent de la légitimité politique introuvable dans la Volonté générale, et une représentation qui s'est dotée de la souveraineté à la place du peuple et celle du Roi qui l'incarnait dans les anciennes institutions de la France.

 

Dans le régime dit "représentatif" issu de la Révolution de 1789, les élus se sont dotés de mandats indirects. Indépendants de leurs commettants, ils se sont sont transformés en "représentants" de la nation, "chargés, nous dit François Furet, de la part véritablement royale du procès politique: élaborer par leur délibération collective la volonté nationale. Délibérer, légiférer, dire et incarner cette volonté,... telle est la vaste prérogative donnée par la Révolution - Assemblée constituante, Assemblée Législative, et Convention ensemble - ... à la 'représentation nationale', à l'abri de tout contrôle d'en-bas; si vaste que Carré de Malberg l'a analysée comme un 'absolutisme parlementaire' et Marcel Gauchet, plus récemment, comme un 'rousseauisme à représentants'." (F. Furet, préface in Patrice Gueniffey, Le Nombre et la Raison, La Révolution française et les élections, préface de François Furet, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, Paris 1993, p. V-VI.)

 

Dans une conférence sur la Révolution française et l'Empire aux Jeudi La Procure le 28 mai 2011, l'historien Patrice Gueniffey a expliqué que le vice congénital de la république depuis 1792 vient d'une Volonté générale confisquée et donc d'une représentation faussée, qui fait que les représentants se mettent à la place du peuple et du roi (à partir de 18:05) :

En 1792,
 
"en mettant la volonté du peuple (Volonté générale) au-dessus de la loi pour renverser la loi existante, la République a détruit l'idée même de loi. Par la suite, elle a gardé cette Volonté générale pour renverser la constitution révolutionnaire. A partir de là, il n'y a plus de loi qui tienne devant la volonté supérieure du peuple ou de ceux qui incarneront "le peuple" via la représentation issue de la Volonté générale.
 
Dès lors comment fonder la loi ?
 
Comment fonder une nouvelle légitimité politique sur une destruction de l'ancienne ? Les révolutionnaires essaient un peu toutes les formules pour essayer de résoudre une question et une seule: comment refonder une légimité politique sur la destruction de l'ancienne ? Et c'est dans ce problème que s'épuise la Révolution depuis 1789 jusqu'à aujourd'hui, la France ne va jamais sortir de ce problème. Le consensus sur les formes politiques ne se refera plus: il existait sous la forme monarchique du gouvernement et une fois la monarchie décapitée, l'accord sur les formes politiques ne se fera plus. Et comme en plus il n'y a pas d'accord sur les formes sociales, il y a une impossibilité de refonder une légitimité politique sur cette destruction radicale de 1789. Les révolutionnaires s'épuisent et cherchent toutes les formules, ils expérimentent et cela ne marche jamais", a expliqué Patrice Gueniffey.
 
Dans le nouveau système, alors qu'il était inconnu en France depuis dix siècles, le coup d'Etat est devenu une pratique courante des changements de régime et d'institutions. Le coup d'Etat est suivi d'une tentative de légitimation de valeur aussi relative que la légitimation du régime précédent, faute de légitimité politique supérieure à la Volonté générale.
 
Le site "Stratediplo" résume :
 
"La faiblesse congénitale de la république au sens français est que sa seule légitimité est la constitution, or par définition tout ce qui est constitué peut être destitué : si on admet que quelques élus ou une masse constituante peuvent écrire un texte suprême, on doit accepter que les mêmes ou leurs successeurs puissent l'amender, le rejeter ou en écrire un autre.
 
Du point de vue des sources du droit et de la solidité conceptuelle de l'Etat, ces textes dictés ou votés ne sauraient être comparés avec des Lois Fondamentales (la Constitution de la France avant 1789. NdCR.) accumulées siècle après siècle par la coutume et qu'aucun Roi, aucune Assemblée et aucun Parlement ne pouvait modifier seul et par écrit (au plus tenter d'interpréter à leur niveau).
 
Après plus de deux siècles on ne peut que constater comme un fait, sans préjudice d'opinion, que l'Ancien Régime certes évolutif est aujourd'hui cité au singulier, alors que peu de politiciens ou juristes sont capables de compter avec assurance combien de nouveaux régimes se sont succédés en deux siècles, généralement au moyen de coups d'état ("révolutions" comprises).
 
Un recensement rapide montrant d'ailleurs que les régimes constitutionnels français ne résistent pas aux guerres et aux crises majeures..., l'actuelle V° République, dont huit assassins et cent trente morts semblent imposer au président une révision constitutionnelle [], devrait effectivement se terminer, comme les autres, par un coup d'état."

Il ressort deux problèmes majeurs : l'incapacité à fonder un régime stable depuis deux siècles et la persistance d'une représentation faussée via une Volonté générale qui ne représente pas les Français, mais constitue une caste politique autonome et non contrôlée par leurs commettants. Dès son élection, le député devient le représentant inviolable de la Nation (Souverain). Ces deux problèmes n'existaient pas en mai 1789 à la convocation des Etats généraux où les députés étaient dotés de mandats impératifs, et où la légitimité politique reposait sur les Lois Fondamentales inchangeables, elles-mêmes dérivées du droit divin.

 

Pour le premier problème, l'instabilité de régimes qui ne tiennet pas, nous proposons de réinstituer la royauté traditionnelle en France, où le roi est doté "de la part véritablement royale du procès politique" (François Furet).

Le roi redevient le Souverain (élaboration de la volonté nationale). Cette solution élimine le problème des coups d'Etat et des régimes successifs qui tentent de se légitimer les uns après les autres, sans jamais trouver de stabilité gouvernementale solide. Une solution où la légitimité politique est fondée sur un principe transcendant supérieur à la Volonté générale. Ce principe supérieur pourrait être idéalement à nouveau les Lois Fondamentales, ou encore comme l'a proposé Philippe de Villiers récemment, les deux premiers murs porteurs (le caractère sacré de la vie, la filiation comme repère), autrement dit la loi naturelle.

 

Pour le second problème, celui de la représentation, nos lecteurs peuvent se reporter ici et pour mieux comprendre la représentation organique telle qu'elle s'était pratiquée aux vrais Etats généraux de 1789.

 

L'abstention ne vient pas tant de l'absence d'une réelle offre politique (l'offre reste toujours la même dans le cadre de partis partageant tous les mêmes "valeurs" républicaines, c'est-à-dire les principes corrompus et dévoyés du vote et de la représentation) ou de la complexité ou de la lourdeurs des procédures électives mises en oeuvre, que d'une représentation faussée et une démocratie systématiquement contournée dès lors qu'elle ne va pas dans le sens de l'oligarchie parisienne (celles des Loges et des Clubs).

 

Ce changement constitutionnel sera à n'en pas douter celui auquel l'oligarchie maçonnique appliquera sa plus farouche "résistance" au nom de la "république en danger" et autres fadaises. Sous couvert en effet de reconnaître un pouvoir de contribuer à la formation des décisions au citoyen, un pouvoir sans comparaison possible avec la mince influence qui lui était consentie jadis, nous dit-on, le citoyen a en réalité "moins de prise sur la décision qu'il n'en a jamais eu !" [2] Comme nos lecteurs le savent, il y avait plus de "démocratie" avant 1789 qu'après.

 

La représentation issue de 1789 (Volonté générale) est assise sur la "Déclaration des droits de l'homme et du citoyen" de 1789 en son article 3, "le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation." C'est ce vol de la souveraineté des électeurs au nom de la "souveraineté nationale" (Volonté générale) qu'il s'agit de lever. Rappelons là aussi que le peuple était plus "souverain" avant 1789 qu'après, car débarrassé de l'oligarchie.

 

Lire : Lettre d’un émigré. La royauté est la république

Notes

 

[1] Etat d’urgence et article 16 : pourquoi Hollande veut-il réviser la Constitution ?, Le Monde.fr | 16.11.2015 à 22h01 • Mis à jour le 17.11.2015 à 07h52

[2] Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 206. Et Patrice Gueniffey, Le Nombre et la Raison. La Révolution française et les élections, Paris, éd. de l'EHESS, 1993, p. 208-213.

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commentaires

germelys 01/01/2016 04:31

les murs aussi hauts soient ils finissent par tomber ,car même les forteresses imprenables du passé ne pouvaient faire vivre ceux qui en étaient les princes s ils n ouvraient pas leur porte pour y faire entrer le nécessaire a leur survie .la France qui a bâtis des murs sur les valeurs oubliées de son histoire et n a laissée a la forteresse qu elle s est construite depuis plus de 200 ans que les fissures de ses édifices pour y faire entrer le nécessaire a sa survie qui sont ses valeurs chrétiennes et ses devoirs a son drapeau verra sans l ouverture des portes de sa forteresse sa fin déjà bien programmée ,profitons de cette année de la miséricorde pour lui obtenir les indulgences nécessaires pour remettre a la tète de son destin le germe d espérance qu elle attend depuis tant d années et qui la fera renaitre comme une nation selon le cœur de dieu !

Cadoudal 16/12/2015 12:58

"C'est ce vol de la souveraineté des électeurs au nom de la "souveraineté nationale" (Volonté générale) qu'il s'agit de lever." C'est le vol de la souveraineté divine et du véritable Bien Commun qui est Dieu qui est le plus grave. La soi-disant "souveraineté nationale" est un paravent pour le gouvernement occulte, dela Maçonnerie et au Siècle, Bilderberg, Trilatérale....... au service de la judéo-maçonnerie anglo-saxonne.