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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 06:25
La FED hausse ses taux

La banque centrale américaine (Fed) a pris la décision historique de relever ses taux d'intérêt d'un quart de point, mercredi, une première depuis 2006. Le taux interbancaire au jour le jour qui évoluait depuis fin 2008 entre 0 et 0,25% afin de soutenir la reprise est relevé d'un quart de point pour passer à une fourchette de 0,25% à 0,50%. (Source)

Quelles conséquences pour les Américains ?

 

La hausse des taux est une bonne nouvelle pour les épargnants : elle va doper leurs rendements, réduits à quasi néant depuis la crise financière. Mais avant d’être des épargnants, les Américains sont surtout des emprunteurs. La hausse des taux constitue une mauvaise nouvelle de ce point de vue-là. L’Histoire a d’ailleurs montré que, lorsque la Fed augmentait ses taux directeurs, les banques ­augmentaient le coût des crédits bien plus qu’elles ne relevaient les intérêts payés aux épargnants. Ceux-ci ont tendance à augmenter de 0,25 point pendant l’année qui suit la décision de la Fed. Le coût des emprunts augmente deux fois plus (0,5 point) sur la même période. Les Américains ont beau avoir réduit leur dépendance au crédit, ils accumulent près de 12.000 milliards de dette, soit 25 % de plus qu’il y a dix ans. Ils consacrent moins de 10 % de leur revenu disponible à la rembourser, un niveau historiquement faible. Le renchérissement du crédit va changer la donne, et entraîner une baisse de leur pouvoir d’achat. Les constructeurs d’automobiles, qui ont réalisé des ventes exceptionnelles cette année, risquant d’en pâtir l’an prochain. (Source)

 

la hausse des taux favorise la devise sur laquelle ces taux s'appliquent. Plus globalement, si l'économie d'un pays se normalise (c'est-à-dire que l'on constate un retour de la croissance et des conditions économiques), les investissements vont se multiplier et les taux monter, ce qui est en définitive favorable à la devise d'un pays. Ben Bernanke a prouvé à travers ses actions que pour relancer l'économie des Etats-Unis, il fallait conserver des taux d'intérêt bas et une devise faible pour empêcher un ralentissement des investissements et des exportations. (Source)

 

Quel impact pour notre quotidien en Europe ?
 
La première conséquence d’une remontée des taux d’intérêt américains va être de rendre le dollar plus rémunérateur, donc plus attractif pour les investisseurs qui vont se tourner naturellement vers le billet vert, et faire baisser l’euro. Ce qui profitera à notre croissance puisque nous exportations seront encore plus compétitives.
Mario Draghi, le président de la BCE, va-t-il enclencher lui aussi une hausse des taux dans la foulée de la Fed ? Non. Ce n’est surtout pas le moment.
L’économie européenne a encore besoin d’être soutenue, de disposer de taux bas pour entretenir le crédit, soutenir l’innovation, et aider les ménages à emprunter à de bonnes conditions.
Si la Banque centrale européenne relève les taux, cela ne sera probablement pas avant un an ou un an et demi. Il faut continuer de soutenir l’économie de la zone euro qui est en phase de reprise.
N’oublions pas que les américains ont toujours au moins 4 ans d’avance sur nous. (Source)

 

Les leçons à tirer des expériences précédentes

 

Sans refaire l'histoire des précédentes politiques de taux d'intérêt directeurs aux Etats-Unis, il convient tout de même de rappeler plusieurs épisodes importants et marquants de la politique monétaire américaine.

a. Paul Volcker : (1979 - 1987)

Aux Etats-Unis, tout le monde a en mémoire la politique monétaire de Paul Volcker lorsqu'il a pris la tête de la FED en 1979. Ce dernier met rapidement en place un contrôle des réserves non empruntées très proche du contrôle de la base monétaire préconisé par les monétaristes. Ceci se traduit par une hausse massive des taux d'intérêt pour passer à un régime de basse inflation. Si l'inflation est effectivement ramenée de 11% en 1979 à moins de 4% en 1982, le taux de croissance de l'économie lui est passé dans le même temps de 2,5% à -2,2% et le taux de chômage de 5,8 à presque 10%. En 1982, on parle ainsi aux Etats-Unis de la "récession Volcker".

b. Alan Greenspan : (1987 - 2006)

Alan Greenspan décide, après le krach de 1987, de baisser fortement et rapidement les taux d'intérêt directeurs américains. Cette action, conjuguée à un soutien sans faille (en termes de refinancement) aux banques qui se trouvèrent alors en difficulté, permit à l'économie mondiale et aux bourses de surmonter rapidement cette crise financière.
Adepte de taux d'intérêt maintenus au plus bas, dans un objectif de soutien à l'activité économique au cours des dix-sept années qui suivirent, le président de la Réserve fédérale décide cependant de relever de manière continue et par tranche de 0.25% les taux d'intérêt directeurs américains entre 2004 et 2006.

c. Ben Bernanke : (2006 - 2014)

Sa politique est simple et transparente : « Deflation : make sure it doesn't happen here », en d'autres termes, tout faire contre la déflation.
C'est assez impressionnant, mais Ben Bernanke n'a quasiment jamais monté les taux (seulement durant sa première année de mandat sous l'influence de son prédécesseur). Il a, ou baissé les taux de 2007 à 2008, ou les a laissés inchangés entre 2008 et la fin de son mandat. La déflation étant tellement à bannir de son vocabulaire qu'il lance les fameux rachats d'actifs (Qe) à partir de la crise de 2008.

d. Janet Yellen (2014 - )

Finalement, l'arrivée de Janet Yellen le 31 janvier 2014 marque (c'est une forte conviction) une ère nouvelle, plus proactive et beaucoup plus dépendante des mandats de la Réserve fédérale américaine. (Source)

 

En novembre 2014, quand Christian Noyer, gouverneur de la Banque dite "de France" dans une interview parue dans Les Echos, avouait sans le dire qu'un "resserrement de la politique monétaire aux Etats-Unis en 2015" pouvait avoir des conséquences en Europe comme la remontée des taux en zone euro, un rachat éventuel par la BCE "d’autres actifs et si nécessaire des emprunts d’Etat", il admettait tout simplement que nos institutions étaient vassales des Etats-Unis qui faisaient la pluie et le beau temps chez nous.

 

Et dire que les oligarques nous avaient vendu le produit en 1992 en nous assurant que l'"Union europenne" pourrait mieux concurrencer les Etats-Unis, serait plus forte, qu'il y aurait moins de chômage, et plus de croissance !... Qu'est-ce que ce serait s'ils n'avaient pas été là !

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Publié par Ingomer - dans Economie
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