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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 16:02

En France, la déchéance de la nationalité française est prévue par la loi au Code Civil, Chapitre IV, Section III, Articles 25 à 25-1 (Loi nº 98-170 du 16 mars 1998 art. 23 Journal Officiel du 17 mars 1998 en vigueur le 1er septembre 1998) : "l'individu qui a acquis la qualité de français peut, par décret pris après avis conforme du Conseil d'Etat, être déchu de la nationalité française, sauf si la déchéance a pour résultat de le rendre apatride : 1º S'il est condamné pour un acte qualifié de crime ou délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme."

Déchéance de la nationalité : Le retour de l'histoire et du tragique, l'écroulement final de 1789

Suite aux attentats islamistes en France en 2015, François Hollande veut renforcer la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux, y compris nés en France, en constitutionnalisant le principe. Il cherche à couper l'herbe sous le pied de la "droite". Il va aussi dans le sens de l'opinion dans la perspective de la présidentielle de 2017. [1] Tout se passe comme si les attentats terroristes islamistes avaient agi comme le petit grain de sable dans la machine, comme si l'évènement inattendu venait mettre à bas tout un édifice construit depuis le mythe révolutionnaire de 1789.

Si l'on regarde ce qui se passe ailleurs, "la déchéance de nationalité s’étend en Europe et dans le monde." [2] Là aussi, le mythe révolutionnaire tend à disparaître partout. Dans plusieurs pays en Europe et dans le monde, la déchéance de nationalité pour les binationaux existe. Elle est prévue dans 15 pays de l’Union européenne (Belgique, Bulgarie, Chypre, Danemark, Estonie, France, Grèce, Irlande, Lettonie, Lituanie, Malte, Pays-Bas, Roumanie, Slovénie, Royaume-Uni) mais s’applique souvent aux personnes naturalisées. Avec l’augmentation de la menace terroriste, elle s’est étendue aux binationaux sous la pression des gouvernements conservateurs, au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas ou au Canada.

C'est la vision révolutionnaire universaliste de l'Etat découplée d'une nation ou d'une communauté historique qui est en crise. Cette évolution que l'on peut constater à l'échelle mondiale et qui est en quelque sorte rassurante par rapport  à la tentative anglo-saxonne d'une construction d'un Nouvel Ordre mondial sous direction atlantiste, a été expliquée par Boris Le Lay dans une video intitulée "Déchéance de la nationalité : Le retour du tragique et l'écroulement final de 1789."

Boris Le Lay dans cette video du 21 décembre 2015 explique le retour du réel, la "résurgence de l'histoire" qui force les tenants de l'idéologie universaliste de 1789 à reconnaître leur échec. "Nous sommes entrés dans un cycle politique qui pose la question 'qu'est-ce que la France ?'". Et pour les autres pays en Europe ou dans le monde, "qu'est-ce que notre pays, notre Etat, notre nation ?"

 

"Plusieurs réponses sont possibles, explique Boris Le Lay.

Et jusqu'à présent, depuis deux siècles, c'était la conception révolutionnaire de la nationalité. Un autre réponse est possible. C'est une réponse culturelle. Et vous avez remarqué que cette polémique autour de la déchéance de la nationalité, qui pose la question du droit du sol, se produit au moment de la question de la Corse. La Corse qui elle-même qui pose la question 'qu'est-ce qu'une nationalité', et y répond en disant 'la communauté politique est assise sur la communauté culturelle.' Ce n'est pas du tout un hasard.

"La France, depuis 1789, poursuit B. Le Lay, a une conception idéologique de la nationalité. Il n'y a pas de distinction entre la nationalité et la citoyenneté. La citoyenneté, c'est l'allégeance à un Etat. La nationalité, c'est une appartenance ethnique et culturelle.

Il y a des Etats qui sont multinationaux.

Exemple : le Royaume-Uni est un Etat unique, avec plusieurs nationalités reconnues en tant que telles. L'Ecosse est reconnue comme une nation, le Pays de Galles est reconnu comme une nation, de la même façon pour la Cornouailles et l'Irlande du Nord. Ensemble, ils sont unis dans un seul et même Etat. Donc il y a bien une distinction entre les deux.

Depuis 1789, la nationalité (en France) est amalgamée avec la citoyenneté et n'est pas culturelle. Donc, en fait, la nationalité française - telle qu'elle est conçue actuellement - n'est pas culturelle, n'est pas ethnique, et en quelque sorte est anationale. Et c'est une contradiction : la "nationnalité" française n'est pas une nationalité. La nationalité française est une citoyenneté. C'est une allégeance à un corpus idéologique, porté par un régime politique qui est le régime républicain. C'est le corpus révolutionnaire, égalitaire, universaliste.

La définition traditionnelle de la nationalité dans le monde européen - et qui a cours dans beaucoup d'autres pays non-européens - n'est pas celle de la France, qui est une conception pratiquement proto-marxiste, pré-marxiste.

Cette définition traditionnelle qui a toujours cours notamment en Europe de l'Est et centrale était posée du temps de la Grèce antique. La démocratie athénienne était une démocratie ethnique ou raciale. Il y avait une distinction en grec qui était opérée, la notion de genos (communauté d'origine des Grecs), la notion d'ethnos (communauté culturelle ethnique), le demos (qui était la communauté politique) et le laos (qui était la notion de foule). Il ne pouvait pas y avoir dans l'esprit athénien de demos, de communauté politique sans ethnos. Les citoyens athéniens, pour avoir des droits politiques devaient être d'origine grecque ethniquement parlant. C'est pour cela que les métèques (les étrangers) n'avaient pas de droits politiques à Athènes. La démocratie est conditionnée par l'appartenance d'origine.

Après la Révolution française, il y a eu un dévoiement. On passe d'une appartenance d'état fondée sur l'héritage à une adhésion volontaire (c'est le Contrat social de Rousseau). Et depuis on en a pas changé. C'est l'adhésion idéologique qui fonde la nation  française actuelle, moderne."

 

Boris Le Lay explique alors ce qui se passe en ce moment :

 

"Les tenants de cette conception égalitaire, universaliste de la citoyenneté, des gens qui pensent que la France n'est pas vraiment la France, qu'elle est une république, un Etat révolutionnaire, avec une conception universaliste, perçoivent que cette conception est en train de s'écrouler sous le coup de la résurgence de l'histoire, la résurgence de la guerre. La guerre qui est définie par la notion très simple de l'ennemi et de l'ami.

Ils tiennent la culture comme une somme de choses héritées, mais absolument secondaire. Or, la culture revient dans le champ politique, à la faveur notamment des attentats.

Il y a des gens qui se revendiquent de l'Etat islamique qui tuent des Français, alors qu'eux-mêmes sur le papier sont français.

Donc c'est le retour du tragique. C'est la fin de l'utopisme. C'est la fin de l'eschatologie (révolutionnaire), de cette (prétendue) progression linéaire vers un monde sans frontière, unifié et pacifié. C'est la fin du pacifisme. C'est le retour de la violence, c'est le retour de la guerre et des frontières, des identités, etc. Bref, c'est le retour de l'histoire (le retour du Réel. NdCR.).

Or, ces gens-là prétendaient pouvoir abolir l'histoire. C'était la fin de l'histoire. Le retour de l'histoire terrorise tous ces gens-là, puisque toutes leurs catégories philosophiques sont en train de s'écrouler. 1789 est en train de s'écrouler. Le mythe égalitaire est en train de s'écrouler.

Donc - on les comprend - ils sont terrorisés. Et la gauche radicale (mais pas seulement) est paniquée.

 

Boris Le Lay répond alors à la question pourquoi Hollande fait-il cela ? [3] 

 

"Pour Hollande, c'est de la politique politicienne. Il se dit que l'opinion penche à droite et qu'il va donner des gages à droite. [4]

"Dans le vocable des élites, il est souvent question de république plus que de France. La France réelle ne les intéresse pas. La France des clochers, la France catholique, la France gauloise ne les intéresse pas. Eux, ils parlent de république, ils parlent de l'idéologie dominante et de l'Etat qui la soutient. Et ils comprennent que le retour de la France dans ses limites, qui abandonne le mythe messianique révolutionnaire et qui dit que la France n'est que la France, et n'a à s'occuper que de l'intérêt de la France, qu'il s'agit d'abandonner l'aspiration à porter constamment le mythe des droits de l'homme à l'étranger, marque la fin de leur vision du monde.

Ce mouvement est très profond et va clore un cycle politique et idéologique.

Tous ces gens (des communistes aux "Républicains") se coalisent pour défendre le système, y compris des sarkozistes comme Guaino, qui est un pur produit de cette idéologie révolutionnaire.

La gauche résiste à ce retour du périmètre culturel comme fondateur de la nationalité et de l'appartenance politique, et à l'implémentation de nouvelles lois qui actent de cette nouvelle réalité conflictuelle.

Par exemple, un député, président de la Commission des lois, Jean-Jacques Urvoas, député de Quimper, pur produit de l'idéologie révolutionnaire et de la république des "Lumières" maçonnes, a dit :

'On ne peut pas accepter de faire entrer dans la Constitution le principe de la déchéance de nationalité parce que cela voudrait dire que l'on reconnaîtrait notre échec et l'échec de la république à intégrer les étrangers.'

La réponse de Urvoas est donc qu'il ne faut surtout pas faire cela parce qu'on va admettre notre échec culturel. Et plus encore, on va accepter le retour de la dialectique amis - ennemis, et le retour de l'histoire. Urvoas a bien intégré cette dimenson-là et compris ... qu'en désignant des gens de nationalité française à la naissance comme étant en réalité des ennemis n'appartenant pas à la communauté nationale, on fait entrer dans le champ politique une conception culturelle de la nationalité. Donc, il y a un eux, il y a un nous. Il y a un ennemi, il y a des amis.

La guerre revient par la fenêtre alors qu'on pensait l'avoir évacuée par la porte au nom de l'utopie pacifique, de l'égalité et de l'universalisme.

Bref, c'est un échec complet pour le régime républicain. Nous revenons à la notion de tragique dans l'histoire. L'utopie révolutionnaire est close. On revient au cycle classique que connaissaient nos ancêtres, à la notion de limites, à la conception organique de l'état. Il ne peut pas y avoir une conception inorganique ou abstraite de l'Etat qui soit découplée d'une nation ou d'une communauté historique."

(Fin de citation)

 

A droite, un Patrick Devedjian, membre des "Républicains", ancien ministre, a pu lui aussi ostraciser la déchéance de nationalité des terroristes bi-nationaux et son institution par une réforme constitutionnelle voulue par Hollande, en se disant "hostile pour plusieurs raisons" :

 

1° C’est une mesure totalement inefficace, car elle n’est pas propre à retenir un kamikaze décidé à se faire sauter avec une ceinture d’explosif.

2° Elle est à la limite contre-productive quand il s’agit d’obtenir l’extradition d’un terroriste français réfugié à l’étranger.

3° La mesure ne viserait que les bi-nationaux. Elle ne touche donc pas seulement les naturalisés mais les bi-nationaux à la naissance. De ce point de vue, contrairement à la déclaration des droits de l’Homme*, les hommes ne naîtraient plus « libres et égaux en droit » puisque les bi-nationaux peuvent subir une sanction à laquelle les autres échappent !

4° On observera en outre, qu’est désignée par la mesure une population française d’origine étrangère et soupçonnée de ne pas être intégrée. La connotation est pour le moins malheureuse et correspond bien au discours du Front national auquel on apporte ainsi une sorte de caution.

5° Sur le plan politique, le projet fait apparaitre une alliance objective entre le Gouvernement et le Front National : la droite a tout intérêt à la faire apparaitre dans toute sa lumière en ne la cautionnant pas.

 

Source: http://www.patrickdevedjian.fr/propos-de-la-d%C3%A9ch%C3%A9ance-de-la-nationalit%C3%A9/804

Source: http://www.patrickdevedjian.fr/propos-de-la-d%C3%A9ch%C3%A9ance-de-la-nationalit%C3%A9/804

Notes

 

[1] Déchéance de la nationalité : le "coup" politique de François Hollande, La Tribune.fr, Par Jean-Christophe Chanut | 29/12/2015, 10:40

[2] La déchéance de nationalité s’étend en Europe et dans le monde, Le Monde.fr | 30.12.2015 à 10h05 • Mis à jour le 30.12.2015 à 10h55

[3]  Rappelons l'opposition de façade (bien que non communiquée jusqu'à présent) de la franc-maçonnerie à la déchéance de nationalité pour les bi-nationaux voulue par Hollande. (En septembre 2010, sous Nicolas Sarkozy, un communiqué du "Grand Orient de France" avait déjà indiqué que "tout lien entre immigration et insécurité" était "contraire à la volonté intégratrice de la République pour qui il n’existe que des Français à égalité de droits et de devoirs".) Une opposition factice, de pure façade, car une telle réforme n'a aucune chance de passer, encore moins d'être constitutionnalisée si les "frères" ne s'entendent pas dessus préalablement ou en reçoivent l'accord en loge.

[4] La politique à droite toute de F. Hollande en fin de mandat constitue à n'en pas douter une tactique visant à diviser la droite "Les Républicains" pour se donner plus de chances de parvenir au second tour de l'élection présidentielle 2017.

On peut ajouter que dans l'immédiat ce qui compte c'est reprendre les idées traditionnelles du Front national pour l'empêcher d'arriver au pouvoir, en rassurant les électeurs et en leur montrant que le pouvoir a entendu son mécontentement.

 

 

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Le pédagogue 02/02/2016 19:50

Le pédagogue :


Chaque institution étatique, ou dite étatique, édicte ses règles relatives à l’octroi et à la déchéance de la nationalité.
La nationalité relève de critères mis en place par l’institution étatique, ou dite étatique.
Il y a ceux et celles qui n’ont pas de nationalité, et qui sont dits apatrides.
D’autres par contre ont deux nationalités ou plus, et sont dits binationaux ou multinationaux.
En France par exemple, tout est fait pour que « la problématique de la binationalité » renvoie, par à une sorte de « réflexe de Pavlov », à ce qui est appelé « le monde arabe », c’est à dire « aux musulmans », donc « aux islamistes », et par conséquent « aux terroristes ».
Ce n’est donc pas une nouveauté mise en relief par les bavardages en ce moment, dans la sphère dite politique, sur la déchéance de la nationalité aux binationaux.
C’est beaucoup plus profond.
« La problématique de la binationalité » est utilisée « afin de tenir les français en alerte ».
Il s’agit pour ceux et celles qui se chargent « de tenir en alerte », de rappeler aux français que les musulmans dits français, ont une autre nationalité qui « met la France en danger ».
Autrement dit, les musulmans ne peuvent pas être français, car ils ne rejettent pas « ce qui est un danger pour la France ».
Ils ne rejettent pas l’Islaam.
« La problématique de la binationalité », est incorporée au fonds de commerce alimenté et entretenu par des multinationaux qui, depuis des lustres, veulent en finir avec l’Islaam, et usent de tous les moyens dont ils disposent, pour continuer les innombrables agressions contre les croyants et les croyantes.