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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 10:28

Article mis à jour au fil des nouvelles informations.

 

Le 5 octobre dernier, 13 cardinaux, dont André Vingt-Trois, archevêque de Paris, ont écrit une lettre au Pape, qui (hormis la recommandation marginale de ne pas réduire la discussion à la seule "communion des divorcés") n'en a tenu aucun compte.

Dans cette lettre, les 13 cardinaux s'étonnent des nouvelles procédures du synode, qui semblent assurer aux questions controversées du document préparatoire au synode (l'instrumentum laboris établi en octobre 2014) une inluence excessive sur les délibérations, en facilitant l'obtention de résultats prédéterminés. Ils épinglent les nouvelles procédures adoptées par le pape François qui éliminent la participation des pères synodaux à la composition de la commission de rédaction, dont les membres ont été nommés, sans être élus et sans consultation. Ils terminent par un appel à la prudence et une mise en garde de ne pas adopter les positions libérales des églises protestantes qui ont "abandonné des éléments-clés de la foi... "au nom de l'adaptation pastorale", ce qui a accéléré leur effondrement. Cette dernière recommandation montre que les pères synodaux ont bien reçu et pris note de la lettre que des convertis venus du protestantisme leur avaient envoyée.

C'est dans le cadre de cette lettre des Pères synodaux au Pape, que François leur aurait répondu de "ne pas céder à l'herméneutique de conspiration, qui est faible au point de vue sociologique et qui n’apporte pas d’aide au point de vue spirituel", comme l’a fait savoir – dans un tweet qui n’a pas été démenti – Antonio Spadaro, le directeur de la revue "La Civiltà Cattolica", qui était, lui aussi, présent dans la salle des séances:

 

 

Synode : Treize cardinaux écrivent au Pape qui leur répond de "ne pas céder à l'herméneutique de la conspiration". Laquelle ?

Treize cardinaux ont écrit au pape. Voici la lettre

 

Mais François a repoussé en bloc leurs demandes. Et, entre temps, la "Relatio finalis" a disparu du programme du synode

 

par Sandro Magister

 

ROME, le 12 octobre 2015 – Lundi 5 octobre, au début des travaux du synode consacré à la famille, le cardinal George Pell a remis au pape François une lettre, portant sa signature et celle de douze autres cardinaux, tous présents dans cette même salle des séances du synode.

Les treize signataires occupent des postes de première importance dans la hiérarchie de l’Église et trois d’entre eux font partie de la présidence du synode.

Ce sont, par ordre alphabétique :



- Carlo Caffarra, archevêque de Bologne, Italie, théologien, qui a été le premier président de l’Institut pontifical Jean-Paul II d'études sur le mariage et la famille ;
- Thomas C. Collins, archevêque de Toronto, Canada ;
- Timothy M. Dolan, archevêque de New-York, États-Unis ;
- Willem J. Eijk, archevêque d’Utrecht, Pays-Bas ;
- Péter Erdö, archevêque d’Esztergom-Budapest, Hongrie, président du conseil des conférences épiscopales d'Europe et rapporteur général du synode actuellement en cours, comme il l’a été de la précédente session, celle du mois d'octobre 2014 ;
- Gerhard L. Müller, ancien évêque de Ratisbonne, Allemagne, préfet depuis 2012 de la congrégation pour la doctrine de la foi ;
- Wilfrid Fox Napier, archevêque de Durban, Afrique du Sud, président délégué du synode actuellement en cours, comme il l’avait déjà été de la session précédente, celle du mois d'octobre 2014 ;
- George Pell, archevêque émérite de Sydney, Australie, préfet depuis 2014 du secrétariat pour l'économie, au Vatican ;
- Mauro Piacenza, de Gênes, Italie, ancien préfet de la congrégation pour le clergé, pénitencier majeur depuis 2013 ;
- Robert Sarah, ancien archevêque de Conakry, Guinée, préfet depuis 2014 de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements ;
- Angelo Scola, archevêque de Milan, Italie ;
- Jorge L. Urosa Savino, archevêque de Caracas, Venezuela ;
- André Vingt-Trois, archevêque de Paris, France, président délégué du synode actuellement en cours comme il l’avait déjà été de la précédente session, celle du mois d’octobre 2014.



Dans cette lettre, concise et très claire, les treize cardinaux soumettaient à l'attention du pape les sérieuses "préoccupations" que leur inspiraient, ainsi qu’à d’autres pères synodaux, les procédures du synode, qui leur paraissent "conçues pour faciliter l’obtention de résultats prédéterminés à propos de questions importantes et controversées", et l'"Instrumentum laboris", considéré comme inadapté en tant que "texte guide et base d’un document final".

On peut lire ci-dessous le texte de la lettre, traduit à partir de la version originale en anglais.



__________


Très Saint Père,

En ce début du Synode consacré à la famille et avec le désir de le voir servir fructueusement l’Église et Votre ministère, nous vous demandons respectueusement de prendre en considération une série de préoccupations que nous avons recueillies auprès d’autres pères synodaux et que nous partageons.

Le document préparatoire du synode, l'"Instrumentum laboris", contient certes des éléments admirables, mais il comporte également des parties qui gagneraient à faire l’objet d’une réflexion approfondie et à être retravaillées. Les nouvelles procédures qui guident le synode semblent assurer à ce document une influence excessive sur les délibérations du synode et sur le document synodal final. Tel qu’il est, et compte tenu des préoccupations dont de nombreux pères nous ont fait part à propos de celles de ses parties qui sont problématiques, l’"Instrumentum" ne peut pas être utilisé convenablement comme texte guide ou comme base d’un document final.

Les nouvelles procédures synodales vont être perçues, dans certains milieux, comme manquant d’ouverture et d’authentique collégialité. Dans le passé, le processus consistant à présenter des propositions sur lesquelles les pères synodaux votaient permettait d’évaluer l’état d’esprit de ceux-ci, ce qui était précieux. L’absence des propositions ainsi que celle des discussions et votes correspondants semble décourager un débat ouvert et confiner la discussion aux petits groupes ; c’est pourquoi il nous paraît urgent de rétablir l’élaboration de propositions à soumettre au vote du synode tout entier. Le vote sur un document final arrive trop tard dans le processus pour permettre un examen complet et une sérieuse mise au point du texte.

De plus, le manque de participation des pères synodaux à la composition de la commission de rédaction a créé un malaise considérable. Ses membres ont été nommés, pas élus, sans consultation. De même, tous ceux qui rédigent quelque projet de texte que ce soit au niveau des petits groupes devraient être élus et non pas nommés.

Ces faits ont, à leur tour, fait naître la crainte que les nouvelles procédures ne soient pas fidèles à l’esprit traditionnel et à l’objectif d’un synode. On ne comprend pas très bien pourquoi ces changements de procédures sont nécessaires. Un certain nombre de pères pense que la nouvelle procédure semble conçue pour faciliter l’obtention de résultats prédéterminés à propos de questions importantes et controversées.

Dernier point et peut-être le plus urgent, plusieurs pères se sont dits préoccupés de ce qu’un synode ayant pour but de traiter une question pastorale d’une extrême importance – le renforcement de la dignité du mariage et de la famille – puisse en arriver à être dominé par le problème théologique et doctrinal de l’accès des personnes divorcées et remariées civilement à la communion. Si c’est le cas, cela va inévitablement soulever des questions encore plus fondamentales à propos de la manière dont l’Église, allant de l’avant, devrait interpréter et appliquer la Parole de Dieu, ses doctrines et ses disciplines, aux changements qui interviennent dans la culture. L’effondrement des Églises protestantes libérales à l’époque moderne, accéléré par le fait qu’elles ont abandonné des éléments-clés de la foi et de la pratique chrétiennes au nom de l’adaptation pastorale, est une incitation à être très prudents dans nos discussions synodales.

Très Saint Père, nous vous offrons ces pensées dans un esprit de fidélité et nous vous remercions de les prendre en considération.

Fidèlement vôtres en Jésus-Christ.


__________


Dans l’après-midi de ce même lundi 5 octobre, pendant la première discussion en assemblée, le cardinal Pell et d’autres pères synodaux ont repris certaines des questions abordées dans la lettre, sans la citer.

Le pape François était présent et il a écouté. Et le lendemain matin, mardi 6 octobre, il a pris la parole.

Le texte de cette intervention hors programme n’a pas été rendu public, mais seulement résumé, oralement par le père Federico Lombardi et sous forme écrite par "L'Osservatore Romano". De la manière suivante :



"Le souverain pontife a voulu réaffirmer que le synode actuel est en continuité avec celui qui a été célébré l’année dernière. En ce qui concerne l’'Instrumentum laboris', François a souligné qu’il résulte de la 'Relatio synodi' complétée par les contributions qui sont arrivées ultérieurement, qu’il a été approuvé par le conseil post-synodal – qui s’était réuni en présence du souverain pontife – et qu’il constitue la base pour continuer le débat et les discussions dans les jours qui viennent. Dans ce contexte, les contributions des divers groupes linguistiques prennent une importance essentielle. Le pape a également rappelé que les trois documents officiels du synode de l’an dernier sont ses deux discours, celui du début et celui de la fin, et la 'Relatio synodi'. Le souverain pontife a souligné que la doctrine catholique en ce qui concerne le mariage n’a pas été touchée et il a ensuite lancé une mise en garde contre le danger de donner l’impression que le seul problème du synode est celui de la communion des divorcés, en invitant ses auditeurs à ne pas réduire les horizons du synode". À ce compte-rendu de "L'Osservatore Romano" le père Lombardi a ajouté que "les décisions en matière de méthode ont également été partagées et approuvées par le pape et par conséquent elles ne peuvent pas être remises en discussion".



Il découle de tout cela que François a rejeté en bloc les demandes formulées dans la lettre, sauf la recommandation marginale de ne pas réduire la discussion à la seule "communion des divorcés".

Et il les a repoussées non sans une touche polémique, comme l’a fait savoir ultérieurement – dans un tweet qui n’a pas été démenti – Antonio Spadaro, le directeur de la revue "La Civiltà Cattolica", qui était, lui aussi, présent dans la salle des séances, selon lequel le pape aurait dit aux pères de "ne pas céder à l'herméneutique de conspiration, qui est faible au point de vue sociologique et qui n’apporte pas d’aide au point de vue spirituel".

Tout cela s’est passé au début du synode. Mais, vers la fin de la première semaine de travaux, d’autres événements se sont produits. Qui vont de nouveau en sens inverse des souhaits formulés dans la lettre des treize cardinaux.

Vendredi 9 octobre, en conférence de presse, le cardinal Luis Antonio G. Tagle, archevêque de Manille et président délégué du synode, a déclaré à l’improviste que, en ce qui concerne le rapport final, "nous attendons la décision du pape".

Et le lendemain, le père Lombardi a précisé que "nous n’avons pas encore de certitude quant à la manière dont se déroulera la conclusion du synode, c’est-à-dire que nous ne savons pas s’il y aura un document final. Nous allons voir si le pape va apporter des indications précises".

Incroyable mais vrai. Alors que le synode était en pleine activité, voilà qu’a été mise au conditionnel, de manière imprévue, l’existence même de cette "Relatio finalis" qui figurait dans les programmes comme le point d’arrivée vers lequel étaient orientés tous les travaux synodaux.

En effet le secrétaire général du synode, le cardinal Lorenzo Baldisseri, avait parlé abondamment de la "Relatio finalis", à l’occasion de la présentation officielle du synode, le 2 octobre :

> Briefing su tema e metodo della XIV assemblea generale ordinaria del sinodo dei vescovi

Ce même jour, Baldisseri avait également annoncé que le pape François avait nommé une commission composée de dix cardinaux et évêques précisément "pour l'élaboration du rapport final".

Le 5 octobre, dans le discours d’ouverture des travaux du synode, Baldisseri avait de nouveau, de manière encore plus détaillée, présenté les phases d’élaboration et d’approbation de la "Relatio" :

> Relazione del segretario generale

Il en avait de nouveau parlé en séance, le matin du 6 octobre, juste avant que le pape prenne la parole.

Ne parlons pas du calendrier officiel des travaux du synode, qui attribue encore actuellement quatre jours, du 21 au 24 octobre, à la rédaction du "rapport final", à sa présentation en séance, à la discussion et à la présentation des observations écrites, à sa réécriture, à sa nouvelle présentation en séance et à son vote définitif :

> Calendario dei lavori

Dans leur lettre au pape François, les treize cardinaux souhaitaient que l’on en revienne à la procédure des synodes passés, qui se terminaient par le vote, l’une après l’autre, de "propositions" qui seraient soumises au pape. Ou qu’au moins, en l’absence de ces propositions, l’on vote point par point une "Relatio finalis" rédigée par une commission élue, et non pas entièrement nommée par en haut.

Mais si la "Relatio" elle-même – comme on nous l’a fait comprendre – va être supprimée, le seul produit du synode ne pourra être qu’une nouvelle mouture de cet "Instrumentum laboris" que les treize signataires de la lettre considéraient comme ne pouvant pas servir "de base d’un document final" notamment en raison de "celles de ses parties qui sont problématiques", autrement dit celles dont la fidélité à la doctrine n’est pas certaine.

Parce qu’il est vrai que les 270 pères synodaux sont justement en train de travailler, jour après jour, à remanier de fond en comble l'"Instrumentum". Mais il est tout aussi vrai que la réécriture du texte sera l’apanage de cette commission entièrement composée de gens nommés par le papa François, dans laquelle les novateurs constituent une majorité écrasante, ce qui n’est pas le cas dans la salle des séances. Et dans le cas d’un texte très long et discursif comme l'"Instrumentum" – et non pas concis comme les "propositions" de beaucoup de synodes passés – il peut beaucoup plus facilement se passer la même chose que lors du synode de 2014, c’est-à-dire l'introduction de formules vagues et polyvalentes, difficiles à repousser en séance par un vote sec.

"La doctrine catholique en ce qui concerne le mariage n’a pas été touchée", a assuré le pape François en se référant à la totalité du parcours synodal depuis 2014 jusqu’à aujourd’hui, en réponse aux "préoccupations" des treize cardinaux de la lettre.

Mais le cardinal Tagle, représentant de premier plan des novateurs, a également déclaré avec une satisfaction visible, lors de la conférence de presse du 9 octobre :



"La nouvelle méthode adoptée par le synode a probablement provoqué un peu de confusion, mais il est bon d’être confus de temps en temps. Si les choses étaient toujours claires, ce ne serait plus la vraie vie".


__________

12.10.2015 

Source: http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1351154?fr=y

 

Treize cardinaux écrivent au Pape qui leur répond de "ne pas céder à l'herméneutique de la conspiration". Laquelle ?, s'est interrogé justement Denis Crouan sur Pro Liturgia.

 

Le Pape François s’est adressé aux pères du synode pour leur demander de se méfier de l’ “herméneutique de la conspiration”. Il y aurait donc bien une conspiration. Mais comme le Saint Père n’a pas précisé en quoi elle consistait ni où elle se développait, toutes les interprétations demeurent possibles.
S’agit-il de la conspiration des évêques allemands ? S’agit-il de la conspiration de quelques proches du Pape réunis en “mini-synode de l’ombre” pour préparer par avance les conclusions du vrai synode ? S’agit-il de la conspiration de ces évêques et de ces cardinaux qui publient des ouvrages contredisant les thèses des cardinaux Marx et Kasper ? S’agit-il de la conspiration de cette “maffia de Saint-Gall” dont a récemment parlé le Cardinal Danneels ?
Allons plus loin encore dans les questions. S’agit-il de la conspiration de la conspiration des puissants instituts bancaires qui, peu de temps avant la démission du Pape Benoît XVI, avaient réussi à bloquer toutes les transactions financières du Vatican ? S’agit-il de la conspiration des évêques qui ont dissimulé des abus sexuels commis par des prêtres placés sous leur autorité ? S’agit-il de la conspiration des évêques réclamant que l’autoritarisme pontifical et les monologues de quelques “mitres” bien en vue soient remplacés par le respect du vrai dialogue synodal ?
Finalement, on ne saura jamais en quoi consiste cette “conspiration” à laquelle a fait allusion le Pape François. Du moins tant que l’infatigable P. Lombardi ne nous aura pas donné quelques explications.

 

Source: Pro Liturgia, Actualité du 10/10/2015

Add. 13 octobre 2015. Le cardinal Napier reconnait avoir signé une lettre, mais dont le contenu était différent et avait trait spécifiquement à à la commission des 10 membres de la commission préparatoire du document final. "Que travaillez-vous réellement lorsque vous ne savez pas quel est l'objectif ?", a-t-il néanmoins déclaré dans un article en anglais de Crux Now, du 12 octobre 2015 (traduction):

 

"Le Cardinal) Napier a déclaré qu'il n'était pas encore clair, même pour les participants du synode comment le document final du synode sera amendé, et ce que François prévoit de faire avec lui, ce qui a produit les préoccupations concernant le résultat légitime.

Sur la question de savoir si il était inquiet du fait que le résultat final soit déjà déterminé, Napier a dit seulement qu"'à ce stade, il est difficile de le dire.'

Ce genre d'incertitude me préoccupe, car que travaillez-vous réellement lorsque vous ne savez pas quel est l'objectif?" A-t-il déclaré.

Plus tôt lundi, le vaticaniste italien Sandro Magister a publié une lettre prétendument signée par 13 cardinaux, dont Napier, exprimant la crainte que "le nouveau processus semble avoir été conçu pour faciliter résultats prédéterminés sur des questions controversées importantes."

Napier a reconnu avoir signé une lettre, mais a déclaré que son contenu était différent de celui présenté dans le rapport de Magister. La lettre qu'il a signée, a-t-il dit, avait spécifiquement trait à la commission des 10 membres de la commission préparatoire du document final."

 

Source: Cardinals clash on doubts about process at the Synod of Bishops

 

Dans une interview publié par le “Corriere della Sera” de ce 13 octobre,

 

le Cardinal Müller, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, déclare avoir pris connaissance de la publication de la lettre adressée au Pape François (voir ci-dessous) et qui aurait été signée par 13 cardinaux, dont le Cardinal Müller lui-même.

Ce dernier souligne qu’il s’agit là d’une affaire très grave. Et d’ajouter que le véritable scandale n’est pas dans le contenu de la lettre, mais dans le fait qu’elle ait pu être publiée alors qu’il s’agissait d’un document privé. On est là - conclut le Cardinal Müller - dans une affaire égale à celle de Vatileaks.

 

Synode : Treize cardinaux écrivent au Pape qui leur répond de "ne pas céder à l'herméneutique de la conspiration". Laquelle ?

Source: Pro Liturgia, Actualité du mardi 13 octobre 2015

 

"Ceci est un nouveau Vatileaks", aurait réagi le cardinal Müller, selon une dépêche Afp Le Figaro du 13 octobre : 

Synode : Treize cardinaux écrivent au Pape qui leur répond de "ne pas céder à l'herméneutique de la conspiration". Laquelle ?

La réaction du Père Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le 13 octobre sur Zenit :

 

"Sur les soi-disant treize signataires, on sait déjà que les cardinaux Scola, Vingt-Trois, Piacenza et Erdö ont déclaré y être étrangers. Quant au cardinal Pell, il a déclaré que, « privée », sa lettre devait rester « privée », mais aussi que le texte diffusé par la presse ne correspondait pas entièrement au sien, pas plus que les signatures qui accompagnaient la lettre adressée au Saint-Père. Les questions critiques figurant dans la lettre avaient été évoquées lundi dernier lors de la congrégation de l'après-midi, et je les avais sommairement signalées. Tout le monde savait que, le lendemain matin, le pape et le Secrétaire général y avaient amplement répondu. Par conséquent, qui, quelques jours plus tard, a diffusé ce texte et ces souscriptions a sciemment procuré un dommage qui n'était pas dans les intentions les cardinaux (du moins des plus en vue). Il convient donc de ne pas accorder à cette initiative l'importance qu'elle n'a pas."

 

 

Synode : Treize cardinaux écrivent au Pape qui leur répond de "ne pas céder à l'herméneutique de la conspiration". Laquelle ?

Add. 14 octobre. Dans un article du 13 octobre, Sandro Magister révèle qu'"un second 'scoop' spectaculaire a explosé à New York, cette fois-ci dans le prestigieux hebdomadaire des jésuites américains “America”, "noble voix du catholicisme progressiste américain", qui confirme que la lettre a bien été remise au Pape et était bien signée de 13 cardinaux :

 

Voilà donc à quel point en était la situation le soir du lundi 12 octobre.

 

Mais, alors qu’il était près de minuit à Rome, un second "scoop" spectaculaire a explosé à New-York, cette fois dans le prestigieux hebdomadaire des jésuites de la Grosse Pomme, "America", noble voix du catholicisme progressiste américain dans les domaines théologique, culturel et politique :

Synode : Treize cardinaux écrivent au Pape qui leur répond de "ne pas céder à l'herméneutique de la conspiration". Laquelle ?


> Thirteen Cardinals, Including Di Nardo and Dolan, Challenged Pope’s Decisions on Synod

L'auteur de l’article est Gerard O'Connell, vaticaniste et correspondant à Rome de cette revue, professionnel à l’autorité reconnue et mari de la journaliste argentine Elisabetta Piqué, amie et biographe autorisée de Jorge Mario Bergoglio.

Avec une sûreté tranquille, après avoir " appris de sources bien informées", les jésuites de New-York confirment, dès le titre de leur article, que la lettre qui a été remise au pape le jour de l’ouverture des travaux du synode portait effectivement la signature de treize cardinaux, tous pères synodaux, dont deux Américains, les archevêques de New-York et de Houston.

Dans le corps de l’article, ils fournissent la liste complète des treize cardinaux. Celle-ci comporte, par rapport à celle que www.chiesa a publiée deux jours plus tôt, quatre noms nouveaux, à la place de ceux des quatre cardinaux qui avaient démenti d’avoir signé.

Les quatre noms nouveaux sont ceux de l’Américain Daniel N. Di Nardo, du Kényan John Njue, du Mexicain Norberto Rivera Carrera et de l’Italien Elio Sgreccia.

Toutefois, le lendemain, deux des quatre, Rivera Carrera et Sgreccia, affirmeront, eux aussi, qu’ils n’ont pas signé la lettre.

Par conséquent la liste provisoire des signataires est maintenant la suivante, partiellement corrigée par rapport à celle que www.chiesa avait donnée initialement.

Par ordre alphabétique :



- Carlo Caffarra, archevêque de Bologne, Italie, théologien, qui fut le premier président de l’Institut Pontifical Jean-Paul II d'études sur le mariage et la famille ;
- Thomas C. Collins, archevêque de Toronto, Canada ;
- Daniel N. Di Nardo, archevêque de Galveston-Houston et vice-président de la conférence des évêques des États-Unis ;
- Timothy M. Dolan, archevêque de New-York, États-Unis ;
- Willem J. Eijk, archevêque d’Utrecht, Pays-Bas ;
- Gerhard L. Müller, ancien évêque de Ratisbonne, Allemagne, préfet depuis 2012 de la congrégation pour la doctrine de la foi ;
- Wilfrid Fox Napier, archevêque de Durban, Afrique du Sud, président délégué du synode actuellement en cours comme il l’avait déjà été de la session précédente, au mois d’octobre 2014 ;
- John Njue, archevêque de Nairobi, Kenya ;
- George Pell, archevêque émérite de Sydney, Australie, préfet depuis 2014, au Vatican, du secrétariat pour l’économie ;
- Robert Sarah, ancien archevêque de Conakry, Guinée, préfet depuis 2014 de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements ;
- Jorge L. Urosa Savino, archevêque de Caracas, Venezuela.



Pour ce qui est du contenu de la lettre, "America" en donne de nombreuses citations. Elles correspondent toutes parfaitement au texte publié par www.chiesa.

Ce texte a également été confirmé comme "authentique", quelques heures après le "scoop" d’"America", par le quotidien "La Nacion" de Buenos-Aires, dans un article signé par Elisabetta Piqué, d’après ce qu’elle aurait "su de bonnes sources vaticanes" :

> Una carta aumenta las intrigas en el sínodo

Ce qui n’empêche pas que la lettre effectivement remise au pape puisse comporter quelques variantes minimes. Qui portent sur la forme, pas sur le fond.

Parce que le fond reste celui que le communiqué du cardinal Pell et plus encore l'interview du cardinal Napier ont confirmé : une inquiétude croissante ressentie par un grand nombre de pères synodaux en raison de l'insistance avec laquelle un document, l'"Instrumentum laboris", leur est imposé en tant que base de discussion, alors que, chaque jour, il se révèle un peu plus inadapté, et la crainte qu’il n’envahisse également, avec ses ambigüités, la "Relatio finalis", dont la rédaction est dans les mains d’une commission entièrement nommée par en haut et composée, à une écrasante majorité, de novateurs.

 

Source: La lettre des treize cardinaux au pape. Second épisode de l’histoire, Par Sandro Magister

Add. 19 octobre 2015. Cardinal Pell : «Le Saint-Père a promis que la doctrine ne serait pas touchée», Le Figaro, le 18/10/2015 à 19:27

 

INTERVIEW - Avec une dizaine d'autres cardinaux, l'Australien George Pell, pourtant membre du Conseil de gouvernement du pape François, a signé une lettre de protestation adressée au Souverain Pontife.

 

La missive vise à mettre le Saint-Père en garde sur un possible pilotage interne du synode par un groupe de théologiens décidé à imposer une réforme pour les divorcés remariés.

 

LE FIGARO. - Pourquoi avez-vous signé, avec d'autres cardinaux, une lettre adressée au Pape au début du synode?

 

Cardinal George PELL. - Cette lettre a été remise au Pape, je n'en suis pas l'auteur mais je l'ai signée. C'était une lettre privée qui aurait dû le rester. Je peux vous assurer qu'aucun des signataires n'a cherché à la rendre publique car ils avaient tous intérêt à ce que ce document reste privé. Mais sur le fond comme sur la forme il n'y a rien d'anormal à ce que des cardinaux écrivent au Pape pour lui dire ce qui se passe dans l'Église.

 

Cette lettre évoquait pourtant une possible manipulation du synode pour parvenir à une réforme de l'Église sur la question des divorcés remariés…

 

C'était une crainte mais le Saint-Père a …

 

Synode : Treize cardinaux écrivent au Pape qui leur répond de "ne pas céder à l'herméneutique de la conspiration". Laquelle ?

Source : Cardinal Pell : «Le Saint-Père a promis que la doctrine ne serait pas touchée», Le Figaro, Par Jean-Marie Guénois Mis à jour le 18/10/2015 à 19:38 Publié le 18/10/2015 à 19:27

 

Or, samedi 17 octobre, le Pape François a déclaré qu’il aimerait “décentraliser l’Eglise” en donnant davantage de pouvoirs aux conférences épiscopales :

 

Synode : Treize cardinaux écrivent au Pape qui leur répond de "ne pas céder à l'herméneutique de la conspiration". Laquelle ?

Et dans l'interview au journal “Le Figaro”, le Cardinal George Pell se dit opposé a cette idée, en expliquant que la réponse à la question de la communion aux “divorcés-remariés” ne peut pas être laissée à la libre appréciation de chaque conférence épiscopale :

 

A des personnes qui sont dans une situation identique de péché, l’Eglise ne peut pas dire, en Pologne, que c’est un sacrilège que d’aller communier et, quelques kilomètres plus loin, en Allemagne, que c’est une source de grâces.” (Source: Pro Liturgia, Actualité du 19 octobre 2015)

 

Synode : Treize cardinaux écrivent au Pape qui leur répond de "ne pas céder à l'herméneutique de la conspiration". Laquelle ?

Le 7 octobre, nous écrivions :

 

On a vu qu'il ne suffit pas de dire que l'on ne va pas toucher à la doctrine, mais seulement à la pastorale au nom de la miséricorde, pour que la doctrine ne soit pas affectée. Concrètement c'est l'évolution que l'on observe en comparant par exemple la position de prélats "doctrinaux" comme celle du Cardinal Leo Burke qui entend garder la même pastorale sur l'interdiction de communier pour les divorcés remariés, et celle d'évêques "pastoraux" qui se déniant le droit de juger de la licéité des actes, reconnaissent ne pas refuser la communion à des divorcés remariés.

 

"La question posée n'étant pas de modifier, effectivement, la doctrine de «l'indissolubilité» du mariage - il y a unanimité sur ce point - mais de voir comment elle peut être «adaptée» pour des «raisons pastorales» aux différentes situations concrètes. «Nous devons être concrets» a plaidé le cardinal Marx.

Et c'est ainsi que l'évêque d'Anvers, Mgr Johan Bonny - connu pour ses positions ouvertes sur le mariage gay - a proposé que «le synode reconnaisse aux évêques locaux la responsabilité de formuler des réponses adéquates aux questions pastorales». Un autre ayant même avancé l'idée que des commissions d'études soient lancées «par continent» ou par «grandes régions culturelles» dès la fin du synode, de façon à réfléchir et mettre en place une décentralisation géographique et culturelle de la pratique pastorale catholique sur la question des divorcés remariés. L'un des chargés de communication pour le monde anglophone, le Père Rosica, ayant de fait, affirmé mardi: «Il sera difficile de trouver une solution universelle».* Cette idée aurait l'avantage d'éviter une guerre de positions au sein du synode en repoussant la question qui fâche dans l'espace et dans le temps mais elle ouvrirait une première historique de décentralisation touchant la doctrine, et donc de divisions potentielles, dans l'Église catholique." (Source : Synode : l'intervention inhabituelle du Pape, Le Figaro, Par Jean-Marie Guénois, Mis à jour le 07/10/2015 à 11:39 Publié le 07/10/2015 à 10:11)

 

* "Il sera difficile de trouver une solution universelle" : est-ce la fin de l'Eglise catholique universelle du Christ?

 

Dans la nouvelle pastorale, la doctrine de l'Eglise, confession, pénitence et communion, n'est plus prise en compte, elle est tout simplement annulée de fait, au nom d'une soit-disant "miséricorde" qui ne viendrait donc plus de Dieu mais de l'homme. Et la doctrine de l'Eglise se trouve ainsi affectée, contournée. Décentralisée dans les diocèses, dans le vécu quotidien des fidèles, sous la "responsabilité" des évêques, elle se retrouve fragmentée. L'universalité de la vérité se trouve annulée avec la bénédiction de ceux qui étaient chargés de garder la foi. L'Eglise elle-même se retrouve divisée.

Or, nous lisons ce soir du 19 octobre sur le site "BENOIT ET MOI" :

L'avertissement dramatique d'Antonio Socci après la deuxième semaine du Synode sur la Famille


SYNODE CONTOURNÉ
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Il y a quelques mois - voyant que la révolution de Kasper n'avait pas été approuvée par le Synode de 2014 - le président de la Conférence épiscopale allemande, Reinhard Marx, avait affirmé avec arrogance que l'épiscopat allemand n'est pas «une filiale de Rome». Revendiquant donc la prétention de pouvoir suivre sa propre route (cela sembla presque une menace de schisme «de la gauche»).
L'idée formulée hier sert à Bergoglio à dribbler le Synode (où la majorité reste catholique) comme il l'a fait avec le motu proprio qui introduit le divorce dans l'Église.
Dans la pratique, on déléguerait aux épiscopats - comme celui allemand - les questions controversées (divorcés remariés, unions civiles et homosexualité).
Mais un tel choix, au lieu de résoudre le problème, le rendrait encore plus explosif et plus grave. Parce que ce serait démolir l'Eglise elle-même.

FIN DU CATHOLICISME
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En effet, en mars dernier, le cardinal Müller, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avait répondu à Marx que déléguer les décisions doctrinales ou disciplinaires en matière de famille ou de mariage aux conférences épiscopales nationales «est une idée absolument anti-catholique qui ne respecte pas la catholicité de l'Eglise».
La vérité ne change pas avec le climat. Si la vérité n'est pas la même partout, ce n'est plus la vérité. Ce serait le triomphe de la «dictature du relativisme» même dans l'Eglise, et donc sa fin.
Le cardinal Burke l'a répété:

«C'est tout simplement contraire à la foi et à la vie catholique. L'Eglise suit l'enseignement de notre Seigneur Jésus-Christ (et) elle est une dans le monde entier. Il n'y a aucun changement dans ces vérités, d'un lieu à un autre ou d'une époque à lune autre. Bien sûr, l'enseignement de ces vérités tient compte des exigences particulières de chaque région. Mais cela ne change pas l'enseignement (...) qui devrait même être encore plus fortedans les endroits où il est le plus compromis».

Si l'idée des «diversités régionales» - également présentée au Synode - passe, «l'Eglise n'est plus catholique [universelle]. Cela signifie - ajoute Burke qu'elle n'est plus 'une' dans son enseignement, à travers le monde. Nous avons 'une' seule foi. Nous avons 'un' [ensemble de] sacrements. Nous avons 'un' gouvernement pour l'ensemble du monde. C'est cela que signifie «catholique».
Une réforme de la papauté qui transformerait l'Eglise en une fédération d'Églises locales qui décident - chacune pour soi - à propos des divorcés remariés et l'homosexualité, puis des commandements et des sacrements - porterait atteinte à la «constitution divine» de l'Eglise (c'est-à-dire l'Église telle qu'elle a été fondée par le Christ) et une telle réforme n'est dans les pouvoirs d'aucun pape. Parce que le pape n'est pas supérieur à Jésus-Christ.
Comme on le voit, au Synode, plus on entre dans le vif du sujet et plus on découvre qu'au fond, le vrai conflit porte sur les fondements de la foi catholique et sur la survie de l'Église elle-même, comme le Christ l'a instituée et comme elle existe depuis deux mille ans.
 

ÉGLISE ET ANTI-ÉGLISE

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Peu de gens comprennent la portée du conflit actuel parce que le Synode a été voulu (par Bergoglio) à huis clos, il est bâillonné et filtré par l'establishment bergogliien.

Et la plupart des médias chantent en chœur la même vieille rengaine voulue par les Maîtres de chant.

Mais si on se met à creuser, on découvre qu'il y a désormais un schisme de fait, non déclaré, mais évident.

Beaucoup de Pères synodaux, conscients de l'immensité des enjeux, expriment leur profonde préoccupation.

C'est ce qu'ont fait - au nom de beaucoup d'autres - les treize cardinaux de la fameuse lettre, avec loyauté et respect, mais dans la Salle, ils ont reçu de Bergoglio une réponse très dure (un «non» sur tout), puis ils se sont vus mis à l'index comme «conjurés» grâce à "quelqu'un" qui - faisant filtrer la lettre à la presse - l'a fait dans le but de discréditer les signataires et même les non-signataires ( contraints de se dissocier). Et de discréditer même Sandro Magister - journaliste gênant pour l'establishment actuel - liquidé comme celui qui alimente les complots quand il n'a fait que son travail (s'il ya une conspiration, ce n'est pas contre Bergoglio, mais - selon les mots du cardinal Dolan - contre la famille qui au Synode, au lieu d'être défendue, risque la liquidation définitive).

 

Synode : Treize cardinaux écrivent au Pape qui leur répond de "ne pas céder à l'herméneutique de la conspiration". Laquelle ?

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Publié par Ingomer - dans Religion
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