Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Christ Roi

  • : Christ Roi
  • Christ Roi
  • : Blog d'informations royaliste, légitimiste, pour une France libre, indépendante et souveraine
  • Contact

Horloge

16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 06:32

Nous célébrons le 16 octobre 2016, le 223e anniversaire de la mort de la reine de France et de Navarre, Marie-Antoinette, guillotinée le 16 octobre 1793 par les barbares révolutionnaires.

 

À plus de deux siècles de distance, son procès expéditif d'une durée de vingt heures entre les 14, 15 et 16 octobre 1793, la condamnant à la peine de mort, n'est pas clos. On attend toujours le verdict de la justice et de l'équité.

Louis XVI n'a personne auprès de lui capable de tenir tête à la révolution. Mirabeau disait : - Il n'y a qu'un homme auprès du roi, c'est la reine. Contre elle les efforts vont se concentrer.

Frantz Funck-Brentano, Les Derniers Jours de Marie-Antoinette, Collection Hier et Aujourd'hui, Flammarion 1933, p. 3.

lys-2 16 octobre dans Vexilla Regis

16 octobre 1793, 4h30 du matin.

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

"Rentrée en son humide cachot de la Conciergerie, Marie-Antoinette, pour la première fois depuis soixante-zeize jours, obtint de la lumière, de l'encre, du papier. En quel état devait être son âme. Elle écrivit alors à sa belle-soeur, Madame Elisabeth, la lettre si calme, si élevée de pensée, si tranquille de coeur qui, après plus d'un siècle, émeut encore d'admiration et de respect. Nous tenons à la reproduire ici en entier: mieux que toute analyse elle éclaire d'une lumière tout à la fois vive et paisible l'âme et la pensée de la reine martyre au seuil de la mort :

 

Ce 16 octobre, à quatre heures et demie du matin.

 

"C'est à vous, ma soeur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens d'être condamnée, non pas à une mort honteuse - elle ne l'est que pour les criminels - mais à aller rejoindre votre frère; comme lui innocente j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner les pauvres enfants. Vous savez que je n'existais que pour eux et pour vous, ma bonne et tendre soeur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous. Dans quel état je vous laisse ! J'ai appris par le playdoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre, je ne sais pas même si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux ici ma bénédiction; j'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur.

"Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a (Madame Royale était sans sa quinzième année) elle doit toujours aider son frère par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer; qu'ils sentent enfin tous deux que dans quelque position où ils pourront se trouver ils ne seront vraiment heureux que par leur union ; qu'ils prennent exemple sur nous. Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolation ! et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami, et où en trouver de plus tendre, de plus uni que dans sa propre famille ? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père que je lui répète expréssément:

 

"Qu'il ne cherche jamais à venger notre mort."

 

"J'ai à vous parler d'une chose bien pénible : je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine (allusion aux propos que les commissaires de la Convention arrachèrent au Dauphin, un enfant de huit ans, qu'on avait abruti physiquement et moralement et qui n'avait plus sa pensée à lui). Pardonnez-lui, ma chère soeur, pensez à l'âge qu'il a et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux (le fils et la fille de la reine).

"Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès, mais, outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche a été si rapide que je n'en aurais réellement pas eu le temps.

"Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où l'ai été élevée et que j'ai toujours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s'ils y entraient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe; j'espère en sa bonté. Il voudra bien recevoir mes derniers voeux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais et à vous, ma soeur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'ai pu leur causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et soeurs. J'avais des amis : l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant; qu'ils sachent au moins que, jusqu'à mon dernier moment, j'ai pensé à eux.

"Adieu, ma bonne et tendre soeur; puisse cette lettre vous arriver. Pensez toujours à moi ; je vous embrasse de tout mon coeur ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu, qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu ! je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre de mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot et que je le traiterai comme un être absolument étranger." (La reine n'admettait pas le caractère ecclésiastique des prêtres assermentés.)

 

Madame Elisabeth; bien loin d'entrer en possession de ces pages qu'on a nommées le Testament de Marie-Antoinette, n'apprit même pas la mort de sa belle-soeur. Quand elle fut à son tour transférée de la tour du Temple à la prison de la Conciergerie, elle demanda au concierge Richard des nouvelles de la reine :

 

- Oh ! elle est très bien, il ne lui manque rien.

 

Description de cette image, également commentée ci-après

Madame Elisabeth n'apprendra la mort de sa belle-soeur qu'au moment de gravir à son tour les marches de l'échafaud. Franchissant le seuil de la Conciergerie pour aller à la mort, elle pria le concierge Richard de dire son fidèle souvenir à la soeur qu'elle ne reverrait plus. Alors l'une des dames qui allaient être conduites au supplice avec elle, - parmi lesquelles Mme de Sénozan, soeur du ministre Malesherbes qui, devant la Convention, avait été l'un des défenseurs du roi, et Mme veuve de Montmorin, - lui dit tout uniement :

 

- Madame, votre soeur a subi le sort que nous allons subir nous-mêmes dans un instant.

 

Frantz Funck-Brentano, Les Derniers Jours de Marie-Antoinette, Collection Hier et Aujourd'hui, Flammarion 1933, p. 103-106.

lys-2 16 octobre dans Vexilla Regis

Sans doute doit-on voir dans le "procès" de Marie-Antoinette, un exemple de ces "valeurs de la République", dont les media et les politiciens ne cessent de nous parler. Un exemple des jugements "populaires" expéditifs où le verdict truqué, déjà rendu à l'avance, jette à la populace ses boucs émissaires.

Robespierre, ce "grand homme", "avait proclamé que la mort de Marie-Antoinette serait un hommage à la liberté et à l'égalité; ces deux grands principes chers au coeur des hommes libres, avaient ainsi reçu dans la journée du 16 octobre 1793, un hommage éclatant." (F. Funck-Brentano, ibid., p. 113.)

 

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

Le 15 octobre, on recourut aux chefs d'inculpation politiques suivants, relevant littéralement de l'inversion accusatoire :

 


- Responsable de l'horrible conspiration du 10 août 1792, alors qu'on était là au coeur de la conspiration républicaine.
- Dilapidation du trésor national,

- Intelligence avec les ennemis de la République,
- Atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de la France, alors que c'est la Convention qui déclara la guerre à l'Europe pour sauver la république le 20 avril 1792. Cf.
"Il faut incendier les quatre coins de l'Europe, notre salut est là" (Brissot de Warville, le stipendié des banquiers à la Convention "nationale", in Considérations sur la nature de la Révolution française, par M. Mallet du Pan, p. 37).

 

- Responsable des horreurs des premiers jours d'octobre 1789 en ayant créé une disette. [Cf. la propagande républicaine: "S'ils ne mangent pas de pain, qu'ils mangent de la brioche]
- Responsable de la guerre civile, alors que là aussi c'est la secte oligarchique qui arma et paya les émeutiers de 1789.

Quelle liste impressionnante pour une seule personne, fût-elle Reine de France!
Mais cette liste aussi impressionnante soit-elle ne suffit pas aux assassins. C'est pouquoi on vit défiler à la barre toute une kyrielle de témoins à charge dont les dépositions sont à la hauteur du procès lui-même tant le ridicule le dispute au grotesque et au sordide: bouteilles de vin trouvées sous le lit de la Reine destinées à saouler les gardes suisses, comportement incestueux de la Reine vis-à-vis du "jeune Capet" (le Dauphin devenu, à la mort de son père, Louis XVII). La république se vautre dans la fange et les caniveaux pour perdre Marie-Antoinette, mais cette charge proférée par Jacques-René Hébert se retourna contre les révolutionnaires. Lorsque le président du tribunal questionna la Reine sur les motifs de son silence par rapport à cette terrible accusation, Marie-Antoinette eut cette réplique :


 

"Si je n'ai pas répondu, c'est que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère. J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici."

 

Marie-Antoinette, note le greffier, est vivement émue et cette émotion passe soudain dans le public pourtant peu disposé, c'est le moins que l'on puisse dire, à la compassion à l'égard de la Reine. Le tribunal n'insistera pas sur cette accusation mensongère. Quand Robespierre apprendra les faits et l'accusation stupide, il qualifiera Hébert d'imbécile. Pour un peu Marie-Antoinette aurait retourné le public en sa faveur!

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

"C'était Danton, secondé de Carrier, l'homme des noyades de Nantes, qui, au début des luttes de la montagne contre la Gironde, avait fait créer le tribunal révolutionnaire où Marie-Antoinette allait être renvoyée. Les jurés en étaient nommés par la Convention: fonctionnaires rétribués à raison de dix-huit livres par jour et qui devaient opiner à haute voix. Ils savaient que si le malheur voulait un jour qu'ils n'émissent pas une opinion orthodoxe, ils seraient eux-mêmes guillotinés. Ce n'est déclare le conventionnel Lamarque, qu'en adoptant que les jurés opineraient à haute voix, que les amis de la liberté ont consenti qu'il y eût des jurés dans ce tribunal." Danton marqua le but de l'institution : 'Ce tribunal doit suppléer au tribunal suprême de la vengeance du peuple.'

 

Durant de longs mois les têtes tombèrent par centaines et Danton ne trouva pas la moindre objection à élever contre la manière dont le tribunal 'suppléait' à la vengeance du peuple; mais voici qu'un jour ledit tribunal décida qu'on guillotinerait Danton lui-même, et le grand orateur de déclarer : 'C'est moi qui ai fait établir ce tribunal, ce n'était pas pour qu'il fût le fléau de l'humanité.'

 

[...] Excellent tribunal pour juger la reine. L'ancien président Montané, avait été jeté en prison. Le motif en était, disait-on, qu'il avait essayé de faire passer Charlotte Corday pour folle. Hermann, son successeur, venait d'être mandé à la barre de la Convention pour apprendre à mener plus rondement l'affaire Custine.

 

La reine comparut devant le tribunal révolutionnaire le 15 octobre 1793. L'accusateur public était un ancien procureur au Châtelet. Antoine Quentin Fouquier-Tinville. Au temps de la puissance monarchique il s'était distingué par un beau zèle pour la gloire du roi, et qu'il traduisait poétiquement en ballades et en petits vers.

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

Durant quatre séances sur deux jours ils furent quarante témoins à venir déposer à la barre. Dans le dossier il n'y avait pas de preuve, que des témoins. Les témoins n'apportérent aucune preuve décisive, ce n’étaient que racontars et affabulations. (Source: Louis XX Facebook )

 

 

Le "procès" de Marie-Antoinette, narré par Frantz Funck-Brentano dans "Les Derniers Jours de Marie-Antoinette". Extrait :

 

La veuve Capet, comme on appelait Marie-Antoinette, était accusée d'avoir :

 

1° De concert avec les frères de Louis Capet et l'infâme ex-ministre Calonne, dilapidé d'une manière effroyable les finances de la France - fruits des sueurs du peuple - [On sait que les impôts, de nos jours, sont dix fois supérieurs à ce qu'ils étaient en 1789... NdCR.] et avoir fait passer des sommes incalculables à l'Empereur et avoir ainsi épuisé le trésor national;

2° D'avoir, tant par elle que par ses agents contre-révolutionnaires, entretenu des intelligences et des correspondances avec les ennemis de la République; d'avoir informé et fait informer ces mêmes ennemis des plans de campagne et d'attaques convenus et arrêtés dans le conseil ;

3° D'avoir, par ses intrigues, manoeuvres et celles de ses agents, tramé des 'conspirations' et 'complots' contre la sûreté intérieure et extérieure de la France et d'avoir, à cet effet, allumé la guerre civile sur divers points de la République et armé les citoyens les uns contre les autres ;

4° D'avoir, pour réussir plus promptement dans ses projets contre-révolutionnaires, organisé, grâce à ses agents, dans Paris et aux environs, les premiers jours d'octobre 1789, une disette qui a donné lieu à une nouvelle insurrection à la suite de laquelle une foule innombrable de citoyens et citoyennes se sont portés à Versailles.

Mais il faut lire le texte des débats pour se rendre compte du caractère, peut-être plus grotesque encore qu'odieux, des témoignages mis en action contre l'infortunée souveraine.

 

(Ainsi) Une cuisinière, la fille Reine Millot, déposa qu'en 1788, un jour qu'elle se trouvait de service à Versailles, elle entendit le comte de Coigny "qui, dans ce moment, était de bonne humeur", dire que la reine avait fait passer deux cents millions à son frère l'empereur d'Autriche pour faire la guerre aux Turcs.

Cette même Reine Millot fit une seconde déposition non moins grave que la première : 'J'ai su, déclara-t-elle, par différents personnages que l'accusée (Marie-Antoinette) avait conçu le dessein d'assassiner le duc d'Orléans [qui comme par hasard était aussi le Grand Maître du Grand Orient de France à l'origine de la journée du 14 juillet 1789 - émeutiers soudoyés -  et de la pratique de l'agio sur les blés pour affamer le peuple... NdCR.]. Le roi, qui en fut instruit, ordonna qu'elle fût incontinent fouillée. A la suite de cette opération, on trouva sur elle deux pistolets. Alors il la fit consigner dans son appartement pendant quinze jours.'

Imagine-t-on Marie-Antoinette assassinant à coups de pistolets le duc d'Orléans dans le palais de Versailles et le roi, trouvant les pistolets sur elle, la consignant dans ses appartements pour quinze jours ?

Un certain Labénette, totalement inconnu, déposa que trois particuliers étaient venus pour l'assassiner au nom de la reine. Fouquier-Tinville estima que ce témoignage était très important.

Il est vraiment surprenant qu'un paysan ne soit pas venu déclarer que la reine avait formé le projet de faire disparaître le soleil pour empêcher en France les blés de mûrir.

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

Fouquier-Tinville fut dignement secondé par les délégués de la Commune; Pache, maire de Paris; Chaumette, procureur syndic; Hébert, substitut du procureur: noms auxquels on a la tristesse de devoir joindre celui de l'illustre Louis David. Le crime que ces hommes et leurs mandataires ont commis est si grand qu'il est impossible de l'exprimer. Corrompre un enfant pour détruire sa santé, puis, de la corruption dont on l'a gangréné, faire le plus épouvantable des outrages à sa mère; non content de la faire insulter par son fils, répéter la calomnie atroce dans le plein jour du tribunal et s'en servir pour essayer, après avoir fait tomber sa tête, de salir la mémoire de la victime: il ne semblait pas que pareilles infamies fussent humainement possibles: elles ont été commises.

[...] Hermann désigna à la reine deux défenseurs d'office, Chauveau-Lagarde et Tronson-Ducoudray. Ils furent prévenus le 14 octobre 1793, c'est-à-dire la veille du jour où ils étaient appelés à parler. Chauveau-Lagarde était à la campagne. Sur les conseils de ses défenseurs, la reine demanda pour eux trois jours, afin qu'ils eussent le temps d'étudier un peu l'affaire. Etait-ce trop pour une semblable cause ? Sa lettre fut mise au panier et les débats commencèrent immédiatement. Ils commençèrent le 15 octobre à huit heures du matin et durèrent, sans interruption, jusqu'au lendemain quatre heures du matin. Sauf une pause d'un instant, ils se poursuivirent ainsi pendant près de ving heures. Et la reine était arrivée épuisée, épuisée physiquement par des mois de privations et une santé compromise par des pertes de sang, et brisée moralement. Qui n'eût été anéanti par ces tortures ?

[...] Le substitut de la commune de Paris, Hébert, un jeune grandin élégant et parfumé, apporta les immondices qu'il avait triturées en collaboration avec Chaumette et David. Hébert délayait l'ignominie d'un ton artiste, en expressions choisies. La reine était debout, les yeux fixes, la tête droite, pas un muscle ne se contractait.

Exaspéré par tant de dignité, l'un des jurés interpella l'accusée : - Si je ne réponds pas, dit la Reine, c'est que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère; j'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici.

La voix, quoique faible et épuisée, vibra et, pour la première fois dans l'agonie de l'audience, des larmes mouillèrent ses joues. 'Devant ce crime sublime, disent les Frères Humbert qui étaient présents, un courant magnétique passa dans l'assistance.' Les mégères mêmes qui écoutaient, les coudes sur les genoux, se sentirent remuées malgré elles. Peu s'en fallut qu'elles n'applaudissent. On entendit des cris perçants, plusieurs femmes s'évanouirent; dans un grand tumulte il fallut les emporter. La voix nasillarde du président Hermann menaça de faire évacuer la salle.

[...] A minuit, le président dit aux avocats : - Sous un quart d'heures les débats finiront, préparez votre défense. Marie-Antoinette fut condamnée à mort à l'unanimité. Les jurés exprimaient leur opinion, l'un après l'autre, à haute voix. Chacun d'eux savait que s'il se fût prononcé pour l'acquittement, il se fût exposé à être guillotiné lui-même.

[...] La lecture de l'arrêt de mort trouva la reine calme, immobile. Elle descendit de son banc le front haut, ouvrit elle-même la balustrade et traversa la salle comme sil elle ne voyait ni n'entendait rien, note Chaveau-Lagarde. La séance fut levée à quatre heures du matin.

 

(Frantz Funck-Brentano, Les Derniers Jours de Marie-Antoinette, Collection Hier et Aujourd'hui, Flammarion 1933, p. 93-102.)

La presse de l'époque s'accorde à dire que la Reine ne manifesta aucune émotion visible à la lecture de l'acte de condamnation. Ce fait est confirmé par Chauveau-Lagarde, un de ses avocats:



"Elle ne donna pas le moindre signe de crainte, ni d'indignation, ni de faiblesse [...] Elle descendit les gradins sans proférer une parole, ni faire aucun geste, traversa la salle comme sans rien voir ni rien entendre; et lorsqu'elle fut arrivée devant la barrière où était le peuple, elle releva la tête avec majesté."

 

Dès lors il ne lui reste que quelques heures à vivre.

 

Marie-Antoinette dans la charrette qui la conduit vers le supplice


"La charette avançait lentement sous une pluie d'injures grossières. Marie-Antoinette y était assise sur une planche. Elle portait une jupe blanche tombant sur son jupon noir, une camisole de nuit en piqué blanc, un ruban de faveur noir noué autour du poignet; la tête était coiffée d'une bonnette de linon blanc comme celles que portaient les femmes du peuple, ornée d'un petit ruban noir. Elle avait inutilement prié qu'on la laissât aller au supplice tête nue. Ses cheveaux blancs étaient coupés ras autour du bonnet. Elle était pâle, mais les pommettes étaient très rouges, les yeux injectés, les cils immobiles; le regard semblait celui d'une aveugle. Derrière elle, sur la charrette, se tenaient l'exécuteur des hautes oeuvres, Samson, une manière de colosse, et son aide auprès de lui.

Rue Saint-Honoré, la charrette s'étant arrêtée un instant, un enfant, que sa mère élevait dans ses bras, lui envoya un baiser de ses petites mains qui battirent l'air ensuite d'un petit geste joyeux. La reine lui répondit d'un sourire et pleura. Ce furent les seules larmes qu'elle versa durant le trajet - qui se poursuivit parmi les huées d'une populace excitée." (Frantz Funck-Brentano, Les Derniers Jours de Marie-Antoinette, Collection Hier et Aujourd'hui, Flammarion 1933, p. 109.)

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

Elle n'est déjà plus sur terre. La place de la révolution (devenue depuis la "place de la Concorde" !... NdCR.) est noire de monde ce jour-là. Nul doute que la propagande révolutionnaire a fait son œuvre pour ameuter la populace qui se repaît de ces orgies sanglantes. Celle-ci, qui plus est, est particulièrement gratinée! Pensez donc! Ce n'est pas tous les jours que l'on coupe la tête d'une reine de France. C'est même une grande première dans le royaume des lys. A ne manquer sous aucun prétexte! Y eut-il dans cette foule quelques anonymes venus soutenir discrètement par la prière la condamnée afin qu'elle ne défaillît point à l'ultime instant? Peut-être, nous ne le saurons jamais! Mais une chose est certaine c'est que les spectateurs n'auront pas eu le plaisir sadique de voir la Reine de France prise de peur à la vue de l'échafaud. A la surprise générale, elle descend seule, sans soutien, de la charrette avec "promptitude et légèreté", dit Rouy dans la relation qu'il fit de la scène, bien que ses bras soient liés; Il ajoute plus loin: "Elle est même montée à la bravade, avec un air plus calme et plus tranquille qu'en sortant de prison." "Audacieuse et insolente jusqu'au bout", écrira le Père Duchesne, le journal révolutionnaire d'Hébert, cité comme témoin dans le procès de Marie-Antoinette.

 

Frantz Funck-Brentano écrit la même chose : "Marie-Antoinette descendit de la charette 'avec légèreté et promptitude, sans avoir besoin d'être soutenue, bien que ses mains fussent toujours liées', écrit l'auteur du Magicien républicain. S'approchant de l'échafaud, elle en monta l'escalier de bois 'à la bravade', diront les journaux, 'avec calme et une tranquilité insolente.'" (F. Funck-Brentano, ibid., p. 111.)

Dans son empressement, la Reine marche involontairement sur le pied du bourreau. "Monsieur, je vous en demande pardon." Pardon, ce sera le dernier mot prononcé sur terre par la Reine.

 

"Le couperet tombe; un aide du bourreau tend à la foule une tête blême où battent encore les paupières. Quelques cris : 'Vive la république !', cris mal assurés, car, tout de même, on a le coeur barbouillé. La plus grande partie de la foule est demeurée bouche bée, silencieuse, on peut dire de respect et d'émotion." (F. Funck-Brentano, ibid., p. 111.)

 Exécution de Marie-Antoinette à la Place de la Révolution, le 16 octobre 1793. (Anonyme. Musée Carnavalet).

Exécution de Marie-Antoinette à la Place de la Révolution, le 16 octobre 1793. (Anonyme. Musée Carnavalet).

"A midi un quart exactement, Sanson montrait sa tête à la foule, qui la salua des cris de 'Vive la Liberté  ! Vive la République !'" (Jules Mazé, Louis XVI et Marie-Antoinette, La Famille royale et la Révolution, Librairie Hachette, Corbeil 1947, p. 198.)

lys-2 16 octobre dans Vexilla Regis

Dans les Vêpres des défunts nous chantons le verset suivant au psaume 120:

 



"Non det in commotionem pedem tuum: neque dormitet qui custodit te."

"Qu'il ne laisse pas ton pied trébucher, qu'il ne sommeille pas ton gardien."

 

 

Soyons assurés que Dieu n'abandonna pas sa servante au dernier instant et qu'elle reçut la force d'affronter vaillamment cette mort inique, soutenue par son ange gardien. Non, son pied n'a pas trébuché, mais ayant reçu la grâce de mourir avec courage, elle accorda son pardon à ses bourreaux, car ne nous y trompons pas, au-delà des mots d'excuses qu'elle a prononcés et qui peuvent paraître conventionnels venant d'une femme rompue aux bonnes manières et au savoir-vivre de son milieu, c'est bien un pardon total que Marie-Antoinette offre à ses assassins.


 


OREMUS PRO MARIA ANTONIA GALLIAE REGINA

 

Source:

http://gestadeiperfrancos.blogspot.fr/2007/10/memento-domine.html 

Sortant de chez lui, le citoyen Joly traîne les pieds. Une fin d'après-midi nuageuse tombe sur Paris en ce 16 octobre. Ou peut-être était-ce même plus tard, le 17 ou le 18 au matin. On ne saura jamais. Le fossoyeur renâcle à venir accomplir la funèbre besogne ordonnée par la Convention. Il la facturera, dans quelques jours, à la date du 1er novembre : 15 livres 35 sols, sans compter l'achat de la bière au prix de 6 livres. Dans le cimetière de la Madeleine, proche de la Place de la Révolution, non loin de la sépulture où le ci-devant roi a été enseveli voici près de neuf mois, il découvre, abandonné, à demi dénudé et gisant dans l'herbe, la tête placée entre les jambes, le corps d'une femme : celui de la fille des Césars ! Ultime marque d'opprobre.

 

De mémoire d'homme, seul le tyran Créon avait osé infliger pareille déchéance posthume à Polynice, le frère d'Antigone. Après l'acharnement dans les privations, dans les supplices et les tourments, pareille vexation était-elle encore nécessaire pour abattre la ci-devant reine de France ?

 

« Pire que le régicide », jugera plus tard Napoléon !

 

À plus de deux siècles de distance, le procès des 14, 15 et 16 octobre 1793, condamnant Marie-Antoinette à la peine de mort, n'est pas clos. On attend toujours le verdict de la justice et de l'équité.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Ingomer - dans Histoire
commenter cet article

commentaires